Poètes de la rue


Samedi 26 avril 2008 6 26 04 2008 23:55

Sa crinière est blanche, les reflets de ses cheveux bleutés, la peau de son visage, quant à elle, trahit les gerçures de la vie et la rudesse de la bise qui, parfois, vient le narguer dans son occupation préférée. Il a des airs de vieux capitaine resté à quai, un peu perdu. Un capitaine dont l’âge pourrait bien flirter avec les 90 printemps.


Chaque jour que Dieu lui prête, il fait la ronde dans le quartier, armé de son inséparable compagnon: un balai. Un balai à l’ancienne, fait de joncs serrés. Un balai de sortilèges et de voyages vers des Sabbats improbables. Le même que celui de Mickey dans Fantasia. C‘est lui qui en a hérité et il ne le lâche pas, le bougre. Que du contraire: il quadrille, il délimite, il avance, d’un bout de trottoir à un autre, avec son balai en mouvement perpétuel. Et à son rythme : lentement.


On le croise habillé toujours pareil. Avec ce pantalon de flanelle gris qui a vécu lui aussi, et qui tient sans doute par une vieille ceinture ou un bout de ficelle. Les bords de son falzar viennent caresser le cuir usé de ses pantoufles. La chemise est toujours à carreaux, comme celle d’un vieil Américain qu’il n’est pas… manches courtes obligatoires, qu’il fasse soleil ou qu’il vente. Et puis, il y a ce sourire fatigué qui s’est figé sur son visage, et qui respire la douceur.


Légèrement penché vers l’avant, il semble ne faire qu’un avec son ustensile de prédilection, sorte de prolongement corporel qui lui donne sa raison d’être. Sa raison d’être là en tous les cas, le long des trottoirs de ce quartier bourgeois.


Car donc, tous les jours, il balaie. De boite aux lettres en boite aux lettres, d’arbre en arbre, de poubelle en poubelle, il ratisse, ramasse, pousse la poussière, les papiers, les crottes des médors du coin. De rue en rue. A son rythme, mais avec méthode. Et avec art. Car on pourrait croire qu’il dessine, voire qu’il caresse de son balai-pinceau la rue, telle une toile. Avec des gestes de vieil asiatique pratiquant une mystérieuse gymnastique. Ou traçant des jardins zen.


Il a le dos un peu voûté, la tête légèrement de biais, qui balance elle aussi mais du sol vers l’horizon de la rue. Au point que j’ai cru un moment à une… tactique de sa part. Vu le nombre de jeunes femmes qui passent dans le coin - quartier estudiantin oblige - je l’ai soupçonné un moment d’en profiter pour mater les chutes de reins des belles, de scruter les dodelinements de croupe en quête d’un peu de vertige. A l‘observer encore, je crois finalement, que je projetais un peu…


Son petit manège quotidien ne laisse pas indifférent les passants. Dans les regards qui croisent son chemin, on lit de l’étonnement, toujours, de l’admiration parfois. Imaginez, « à son âge, il travaille encore… et gratuitement en plus! ».


Hier soir, à l’heure de pointe, le vent s’était mis à souffler et la pluie à tomber dru. C’est à ce moment précis qu’il a entrepris de balayer le passage pour piétons du carrefour. La houppe de cheveux s‘effilochant vers le ciel, balai en avant, poignets vrillés sur le manche. Figeant pour quelques secondes interminables l’agitation des navetteurs, bloquant le balai des voitures avec le sien.


Et - ô miracle - sans provoquer un seul coup de klaxon...

 

Par alf
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Vendredi 7 septembre 2007 5 07 09 2007 22:12
oiseau.jpg

Le bec ouvert, des plumes fières, trois coups de bombe pour en faire le contour : il avait belle allure le pinson de St Gilles, sur le mur de cette habitation, pas loin de la prison.

Mais voilà, paraît que l’oiseau aurait tendance a se multiplier dans le quartier. Et ça, ça plaît pas aux autorités - et p‘t’être bien à plein d‘gens du coin - qui sait ? Elles craignent le virus, la fièvre aphteuse, la grippe aviaire des oiseaux peints sur les murs… Ca pourrait « faire des p’tits », c‘est sûr.

Alors, on sort le kärsher, enfin… son petit frère. La version ‘sable du Rhin‘, pour gommer ce qui « est pas bien ». Ca balafre la ville, qui disent. Bien sûr y a des tags bien crades, des insignes pas très dignes, des insultes pas très fraîches qui pullulent. Mais bon, « vous comprenez, nous on nous demande de nettoyer… Pas de faire le tri des déchets. Alors on fait pas dans l’détail : on frotte, on astique, on sort le grand jet contre toute cette pagaille ». Et pi’ tant pis pour les signes extérieurs de liberté.

C’était pourtant qu’un oiseau sur un mur, y picorait même pas du pain dur. Mais « c’est notre labeur, et c'est ça qui fait not’ beurre. Et puis y a pas d’sot métier, pas vrai? Alors on aspire, on raye, on ammoniaque, on éradique. Sans réfléchir, on s’applique. On fait la nique aux tags et aux grafs qui répliquent... Et puis la semaine prochaine, on recommencera, parce que c’est comme ça, c‘est écrit… sur les murs. Et tant pis pour le pinson, on lui fera les plumes, des pattes à la tête, à la bête si elle rapplique ».

Le bec ouvert, des plumes fières, trois coups de bombe pour en faire le contour : il avait belle allure le pinson de St Gilles, sur le mur de cette habitation, pas loin de la prison

PS: L’oiseau qui illustre ce post’ s’est échappé du blog de Carolita Johnson pour se poser ici. Pour les oiseaux de passage qui aiment les murs qui murmurent, filez voir sur le blog 2 jours en jours des pas perdus - un must en la matière - et… perdez-vous y!

PS bis: Ce petit texte a été écrit suite à la diffusion d’un reportage diffusé sur notre télé régionale bruxelloise. Vous pourrez le voir on line, à la date du 7 septembre lorsqu’il sera mis en ligne… ici : Télé-Bruxelles

Par alf
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Lundi 18 juin 2007 1 18 06 2007 18:10

Le bonhomme racle, flegmatique. Il racle le pare-brise de sa camionnette stationnée en face de chez moi. Il racle, avec précision, lentement, de haut en bas, puis de bas en haut, comme pour faire un beau pare-brise, propre et sec. Sur sa tête, il a consciencieusement noué un sac en plastique Delhaize pour protéger sa chevelure. Le reste du corps, lui, est trempé. Dehors, il pleut des cordes. Mais, raclette en mains, notre homme continue son travail, imperturbable, méthodique. La scène dure quelques minutes, le temps de faire le tour de toutes les vitres. Jugeant sans doute son œuvre terminé, il finit enfin par s’éloigner. Quelques secondes plus tard, il revient, ouvre la portière, reprend ses clefs oubliées sur le tableau de bord et s’éloigne à nouveau, sans même prendre la peine de fermer la portière à clef… La pluie, elle, a repris possession du pare-brise. Les gouttes s’égayent joyeusement, sans même un regard pour cette ombre qui se noie dans l‘horizon improbable de la rue.

Par alf
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Jeudi 28 décembre 2006 4 28 12 2006 22:10

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

   

 

 

 

  Lu dans Libé, il y a quelques jours.

 

 

 

 

En France, le débat sur les sans abris prend du relief. La faute à une association - Les enfants de Don Quichotte - qui depuis quelques semaines invite chaque bien loti (et quelques people) à passer une nuit dans le froid sous la tente, à Paris, le long du canal St-Martin. Juste pour voir. Et les tentes ont poussé, tels des champignons.

 

Certes, c’est un coup, un coup médiatique. Mais une fois de plus, ce sont des citoyens qui ont pris l'initiative. Et c’est parce que les riverains de ces actions n’ont pas marqué d’hostilité particulière - au contraire - que les pouvoirs publics semblent un peu s’affoler et se bouger enfin le cul. Les médias ont enchaîné, des débats ont lieu aux heures de grande écoute. C’est un bon début. Même si c’est pas encore cet hiver que l’abbé Pierre et la veuve Colucci pourront partir faire de la luge à Saint-Brieu-la-Falaise.

 

Un récent sondage vient de révéler que la moitié des Français ont peur de devenir un jour SDF… Ce qui en dit long à propos de l’angoisse qu’engendre notre société « libérale aisée » sur les inconscients collectifs.

 

A l’heure où les sapins croulent sous les boules dorées et les guirlandes scintillantes, où les foies gras croupissent dans les estomacs et où les bulles de champagne allègrement rotées rejoignent la couche d’ozone, ça laisse de quoi réfléchir en attendant le 31...

Sur ce, bon réveillon à tous!

 

En savoir plus sur LEDDQ: http://www.lesenfantsdedonquichotte.org/

PS: L'épisode (3) concernant Madame Yvonne est à lire à la date du 23 novembre. [La suite... en 2007]

Par alf
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Jeudi 23 novembre 2006 4 23 11 2006 19:39

« A l'origine résidence des Egmont puis des Arenberg, le Palais d'Egmont devint la propriété de la Ville de Bruxelles après le premier conflit mondial de 14-18. Racheté par l'Etat belge en 1964 suite à une longue période de délabrement et de destructions, il fait l'objet d'une restauration profonde. Il accueille depuis quelques années le ministère des Affaires étrangères.

 

Sur le plan architectural, c'est un témoin unique reflétant différents styles (Renaissance, néo-classique...) depuis le XVIe siècle. Des architectes célèbres comme Servandoni, auteur de l'Eglise Saint-Sulpice (Paris), T.F. Suys, architecte de la Cour de Hollande, ou Flanneau, responsable de l'aménagement du Palais Royal, y ont dirigé d'importantes phases de construction. »

- « De jeunes communistes soviétiques ont tenté cette nuit de pénétrer dans le Palais d'Egmont! »

- « Ah, bon???? »

- « Oui, par les souterrains secrets qui passent sous le Parc pour arriver au Palais! J'ai tout vu ».

Puis après un court silence partagé, Madame Yvonne ajoutait, avec un brin d'étonnement et de malice : « Ah?, vous ne saviez pas qu'il y avait des sous-terrains à cet endroit? ».

Et vous répondiez, confus et troublé: « Euuh, non je ne savais pas... ».

Voilà le genre de conversation qu'on pouvait avoir au petit matin avec Madame Yvonne. Pas encore bien réveillés, elle nous refaisait le film de la nuit. Et dieu sait ce qui s'était passé cette nuit-là, lorsque les Rouges avaient attaqué. Des étudiants en goguette un peu éméchés? Des travelos en transit qui s'étaient disputés?

 

Ou quelque négociation chahutée entre dealers...? Elle enchaînait ensuite en parlant volontiers du Comte d'Egmont, celui à qui on avait tranché la tête il y a bien longtemps. Car elle en connaissait un bout en matière d'Histoire, mine de rien. Même si elle rajoutait toujours volontiers un épisode apocryphe par-ci, une petite légende urbaine par-là.

 Sur la famille royale par exemple. Difficile de me rappeler précisément mais... Elle pouvait vous sortir des histoires d'enfants adultérins qu'on aurait jamais lues dans « Point de vue-Images du Monde ». Léopold II (ou III? Ou Ier? Ou le Roi Albert ? Je sais plus, j'ai des lacunes énormes en matière de famille royale), et sa maîtresse, qui forniquaient à toute berzingue dans tel ou tel appartement de la rue aux Laines... Là même où, disait-elle, elle possédait un appartement. Jadis. (on y reviendra).

Ou alors des hommes politiques. De gauche essentiellement. J'aurais même envie d'ajouter : « d'origine carolo » mais faudrait pas que je fasse en plus de Madame Yvonne une Madame Irma (vu qu'il y en a déjà un paquet en prison depuis peu, des hommes politiques carolos, et que ce qu'elle racontait à l'égard de certains les y aurait conduit un jour).

 

Sur ces entrefaites, on lui donnait rendez-vous à plus tard pour notre petite 'pause clope' ou l'on partagerait une tasse de café. Et ou l'on referait le monde ensemble. Enfin, surtout elle. Et surtout le passé.

 

[A suivre... si vous le voulez encore. Épisode précédent paru le 16 10 2006 ]

Par alf
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Lundi 16 octobre 2006 1 16 10 2006 23:41

Vivre dans la rue, comme un long jour sans fin. Et sans montre. Impossible de vous raconter Madame Yvonne en respectant le sens des aiguilles de la toquante. Des bribes. Des pièces du puzzle dans ma mémoire, oui. Autant jeter tout cela sur papier, par à coups, puis un jour peut-être, remettre tout dans l’ordre. Et puis qu’est-ce que cela signifierait : raconter la monotonie d’une vie monocorde en commençant par le début? Il aurait fallu que je le connaisse, d’abord, le début.

 

Raconter des petits bouts. Quelques pièces du puzzle à verser au dossier.

 

Ce jour-là, le soleil irradiait la longue allée un peu raidie par l’hiver, celle qui mène du boulevard au parc. Madame Yvonne était en ombre chinoise, dans la découpe de la Porte cochère, où le vent souffle fort. Allez seulement lui expliquer que c’est pas en se pointant là qu’elle allait perdre son rhume! Mais bon… c’est de là qu’on voit tout ce qui se passe sur le boulevard. Et le spectacle des bourgeois qui passent vaut bien un rhume perpétuel, non?

 

En arrivant, je croise un drôle de couple, clopin-clopant sur les vieux pavés. A vrai dire, un trio. Elle tient une caméra, lui un micro, et puis il y a aussi la chaise. Une vieille chaise savamment râpée par le travail du temps, comme on en trouve des fausses rue Haute, pas loin. Ils m’alpaguent. Ca tombe bien, je n’ai pas envie d’aller travailler.

 

« Bonjour, on fait un reportage sur le bonheur…». « C’est qui, c’est quoi, ça passe quand, qu’est-ce que vous allez en faire…? ». Passée ma méfiance naturelle, je craque et on m’installe sur la chaise, en plein air. J’ai à peine le temps de dire ouf, de penser à un truc - vite trouver une idée! - que le monsieur tend déjà l’eskimo électrique, et la demoiselle, la mini-caméra: « OK, ça tourne!  Racontez-nous un petit bonheur… ».

 

Et je raconte celui du jour. Avoir croisé le regard d’une jeune femme dans la froideur du matin. Avoir senti mon cœur se serrer quand soudain elle m’a fixé. Avoir respiré un grand coup d’air pour tenter de me ressaisir. Et en une fraction de seconde avoir pris dans les poumons son parfum à elle, piégé dans le sillage de ses pas. Rester là, comme enivré… Une seule prise, c’était bon. Merci, au revoir. Au suivant.

 

A propos de suivant, je leur suggère avant de les quitter de tendre la perche à celle qu’ils ont sans doute dépassée tout à l’heure sans vraiment la voir. La petite dame qui pointe son nez humide sur le boulevard, assise sur la pierre bleue, entourée de ses sacs en plastique remplis de mystères. Sourire un peu gêné de leur part. Je les regarde remonter l’allée et dépasser à nouveau Madame Yvonne, sans s’arrêter.

 

Plus tard, je lui expliquerai: le film, la question, le bonheur… Et elle de me parler alors de Paul Fort et de me réciter ce poème :

 

 

« Le bonheur est dans le pré

Court y vite, court y vite

Le bonheur est dans le pré

Court y vite il va filer 

Si tu veux le rattraper,

Cours-y vite, cours-y vite.

Si tu veux le rattraper,

Cours-y vite, il va filer »

 

 

[A suivre… si vous le voulez toujours. Épisode précédent paru le 20/09/2006 ]

Par alf
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Mercredi 20 septembre 2006 3 20 09 2006 22:07

Vous ai-je déjà parlé de Madame Yvonne?

Je vous dirais bien : appelons-là « Madame Yvonne », pour préserver son anonymat. Mais l’anonymat, elle l’a vécu toute sa vie, Madame Yvonne. Alors… Alors, autant l’appeler Madame Yvonne, c’est - ou c’était - son vrai nom. Ou du moins la manière dont on l‘interpellait…

Madame Yvonne était un poème, un poème urbain. Est ou était, je ne sais pas. Aucun livre n’en parlera jamais. Sauf si un jour je l’écris.

 

Peut-être y a-t-il encore quelque main courante dans des postes de police, ou quelque bribe de document administratif au Samu social - et encore - qui parlent d’elle. Va savoir.

 

Je ne sais plus quand je l’ai rencontrée pour la première fois. Quand exactement. Je crois bien que c’était l’hiver, vers l’an 2000 ou en 1999, et qu’il faisait très froid. Elle devait être emmitouflée dans son long ciré jaune, là. Juste en face, à quelques mètres de la porte d’entrée et de sortie de là où je travaillais. Quelque part entre le boulevard de Waterloo et le parc du Palais d’Egmont.

 

Madame Yvonne souriait et parlait aux rares passants qui empruntaient le Passage de Milan, au cœur de Bruxelles, à cette heure-là, entre le Hilton et le magasin Delvaux, à deux pas de la boutique Gucci et de ce commerce de bijoux où les montres en vitrine affichaient pour certaine les 10.000 euros. Oui, ça devait être pas loin de Noël et on avait déjà sorti les sapins sur le boulevard, et les lampions aussi. Madame Yvonne souriait, silencieuse, tandis qu’il devait faire au moins - 10° dehors.

 

[A suivre… si vous le voulez]

 

 

 

 

Par alf
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Lundi 20 février 2006 1 20 02 2006 11:51

L’homme est bulgare ou albanais ou monténégrin. Des Balkans. Avec du sang slave dans les veines, pour sûr. On l’entend de loin, du bout de la rue Neuve. Une voix ronde, chaude, à la fois triste et joyeuse. Nostalgique?

 

On l’aperçoit, sourire en coin. L’oeil rapide à fixer l’intérêt suscité auprès du passant. Un séducteur. L’enveloppe charnelle est à l’image de la voix: bonhomme, volumineuse. Et plus on s’approche, plus cette voix accompagnée de la plainte lancinante d’un accordéon porté en bandoulière se fait énorme. Comme si la puissance du gaillard envahissait la rue, écrasait les promeneurs contre les vitrines, bouffait tout l’espace, et apprivoisait nos sens.

 

Cinquante mètres plus loin, au milieu de la foule en marche, un autre homme. Petit, malingre, sec. A genoux, avec un semblant de guitare entre les bras. Une gratte qui sortirait tout droit d’une décharge, avec des cordes invraisemblables.

 

Il ne chante pas, il se contente de frapper deux malheureux « accords » machinalement, sans vraiment chercher de mélodie, ni d’histoire. Rien qu’un rythme. Un rythme saccadé, comme son balancement, son hochement de corps. Un autiste au milieu du tumulte.

 

Cinquante mètres entre l’artiste et « l’autiste ». Une seule lettre de différence, et beaucoup d’indifférence autour. Qui a fait le plus d’argent ce jour-là?

Par alf
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