On imagine Brian Eno sortant son fameux jeu de
cartes, celui des « stratégies obliques ». Celui auquel il fait appel de temps à autre quand ça coince et qu’il cherche une piste créative à suivre, pour lui ou pour un groupe qu‘il
produit : « Appelez un ami et laissez lui le choix de la route à suivre » aurait suggéré la carte tirée au hasard…En réalité, c’est lors du travail sur la ressortie de leur premier album commun - « My life in the Bush of Ghosts » - que David Byrne, vieil acolyte, entend parler d’esquisses de chansons imaginées par Eno mais remisées au rayon « inabouties ». Byrne les embarque tel un sherpa et tente l‘ascension en écrivant des paroles et en posant son chant sur les mélodies enoesques. Le résultat, « Everything that happens will happen today », est donc le fruit d’un travail commun né du hasard et de la nécessité. Soit un album pop au c(h)œur duquel la voix a pris le dessus.
« A sort of electronic gospel feeling » dixit Byrne. Et c’est bien cela: l’impression d’entendre un disque qui anticipe en mettant au centre le seul matériau à sauver quand tout aura été dit en musique: la voix humaine. Celle de Byrne - teintée de mélancolie naturelle - y est magnifiée. La voix, cet instrument ultime pour partager, au travers de mots et de vibrations, les derniers ressorts de l’âme humaine.
Cela donne onze chansons paradoxales, de facture presque classique (à deux
ou trois exceptions près) aux tonalités familières; autant d’histoires postmodernes qui évoquent de perpétuels recommencements et un monde de faux-semblants. La maison virtuelle proposée sur la
pochette pourrait d’ailleurs bien n’être qu’un nouvel avatar de celle chère à Magritte; celle de l’Empire des lumières, où sous des dehors familiers, le mystère semble préservé. Mais qui nous fait
un peu flipper quand même… Notre « Home sweet Home » du futur? Brrrr…

Up-to-you'land