Depuis quelques heures, le record de Belgique est battu. Je veux parler du record de Belgique de
« Plat-pays-qui-est-le-mien-sans-gouvernement-fédéral ». 148 jours au compteur. Soit mieux que lors des élections de 1987 pour la formation du gouvernement Martens VIII.
On a les records qu’on mérite.
Depuis mon précédent billet d’humeur sur ce sujet brûlant (voir ici), les choses ont un peu évolué, il est vrai. Se sont
succédé, avec pour mission de préparer le terrain en vue de la constitution d’un gouvernement national : un informateur, un explorateur, un animateur, un spéculateur, un démineur, un gentil
organisateur, un rouspéteur, un mauvais marieur et un jambon-beurre (liste à peine fantaisiste)… Résultat des courses? L’Orange bleue est toujours le schéma gouvernemental à
l’ordre du jour et… « on avance… » dixit Yves Leterme, redevenu l‘homme-orchestre sous le titre de formateur cette fois, de tout ce bazar. Mais rien nous dit qu’on va arriver quelque
part.
Pour nos amis d’Outre-Quiévrain et d’ailleurs (si il y en a?) qui me font l’honneur de lire ces quelques lignes, précisons que l’Orange bleue n’a rien à voir avec Paul Eluard
ou même Tintin (si ce n’est un vague clin d’œil peut-être) : il s’agit de nommer ainsi la coalition en vue (en vue, si vous avez de bons yeux), fruit de relations
rapprochées (et contre nature?) entre le CdH, parti démocrate humaniste (et francophone = les ex-cathos décathoïsés) et le parti libéral (MR), ainsi que de leurs homologues
néerlandophones.
Enfin, « relations rapprochées », c’est justement là ou ça coince. Mais me direz-vous, finalement, le problème de la Belgique c’est quoi? Moi je vous le dit :
c’est un problème… sexuel. Rien que ça. Mais oui: on ne baise plus assez dans ce pays! Du moins, entre le Nord et le Sud. Et dire que notre devise est « L’union fait la
force »!
Explications. Qu’est-ce qui s’est passé, entre nous depuis les élections du 10 juin dernier? le dossier BHV, le problème communautaire, les menaces de séparatisme…Bref,
l’impasse, le blocage total. Si Ménie Grégoire rappliquait de sa retraite, elle vous le dirait : les Francophones et les Néerlandophones ont joué durant des semaines… à se faire
peur. Comme dans un vieux couple. Un couple qui fait toujours « lit commun », mais… qui ne baise plus. Alors forcément, ça crée des tensions.
Du coup, quand la Belgique a vraiment été sous le feu de l’actualité, lorsque les caméras et les micros de nos voisins se sont tendus vers nous - de TF1 à CNN quand même - , on
en a rajouté une sacrée couche. « Madame » a menacé « Monsieur » de se barrer en emmenant les enfants, « Monsieur » a menacé d’aller voir ailleurs après s‘être
bourré la gueule en solo. Vous voyez un peu le genre? Comme dans les scènes de ménage qui ne se font rien qu’en public. On s’invective, on s’insulte sans pudeur devant le reste
de la famille et… ça fait du bien. Tout le monde autour est sous le choc… sauf Madame et Monsieur, qui ont usé de cette catharsis pour pouvoir se supporter encore un peu, un peu
plus longtemps...
Résultat, nos voisins - français et autres - ils ont commencé à flipper, à faire les gros titres sur la fin de la Belgique, à nous renvoyer l’image d’un couple
en pleine séparation - et pas à l’amiable en plus! - et donc à nous inciter à réfléchir vraiment sur ce cas de figure jusque-là fantasmé, alors que finalement, c’était qu’un
scénar de plus un peu vicieux, pour raviver la flamme de façon désespérée, une scène de ménage de vieux couple frustré où le dialogue ne peut plus s’exprimer que par l’invective
ou la provocation parce que… « ça » ne baise plus! Et le pire, le grand clash final, le divorce avec ou sans garde alternée, n’est plus tabou, ni même
à exclure.
Nos « vieux » hommes politiques, flamands en tête - les De Croo, les Eyskens, les De Haan - vous le confirmeraient volontiers : avant, on se parlait, on se fréquentait, on se
connaissait. Aujourd’hui, sauf exception (on connaît une idylle entre un libéral du Nord et une socialiste wallonne, si si!), la « jeune génération » des hommes
politiques du Nord et du Sud fraye de moins en moins avec ses homologues flamands ou francophones, et quand ils ne parlent pas entre eux, ils parlent avec… leur GSM, ou leur PALM. Bref, dans les
négociations plus personne ne s’écoute, ne se connaît et on finit par ne plus voir chez l’Autre que sa différence. Ca n’aide pas. Il faut donc apprendre à
se redécouvrir…
Bon, évidemment c’est facile à dire, je ne suis pas Ménie Grégoire ou le Doc’ et je n’ai pas le truc pour sortir de l’impasse. Quoique quelques suggestions quand même…
Des pannes d’électricité provoquées régulièrement au Parlement, lors de négociations de nuit ? Des stages d’échangisme et de tantrisme sexuel pour les partenaires de l’Orange bleue, organisés sur
la frontière linguistique ou même à Val-Duchesse? On y enverrait Yves Leterme, Joelle Milquet, Bart Somers, Laurette Onkelinx (et quelques autres socialistes, on sait jamais), Didier Reynders,
Olivier Maingain, Brigitte Grouwels…, plus tous ceux qui souffrent de séparatite aiguë, Bart De Wever en tête. Avec obligation de résultat, bien sûr. Ben voilà, si on peut aider…
Car enfin, il faudra bien se remettre sous la couette ensemble dans pas trop longtemps : il y a un nouveau Traité européen à signer en tant que « Belgique » et il
semblerait que ce n’est pas le genre de point à classer dans les « Affaires courantes » à l’agenda de notre ancien gouvernement, qui vivote encore de temps à autre. Ca
a pourtant l‘air d‘en étonner certains (qu‘il faille un vrai gouvernement pour voter la gestion commune européenne de demain)... Avec tout ce bordel dans notre couple, ils en avaient presque
oublié que, Flamands, Bruxellois ou Wallons, on était quand même tous embarqués dans la même Europe. Et qu’il fallait la faire. Dingue, non?
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