Mardi 31 juillet 2007
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Dans La Chute de Camus, le personnage principal fixe chaque jour rendez-vous à un compatriote rencontré par hasard dans un bar, au cœur d‘une ville batave, brumeuse et froide en automne; une ville faite de canaux - Amsterdam - pour se livrer à une drôle de confession.
L’autre nuit, marqué par l’insomnie, j’ai croisé par deux fois les méandres des canaux de la ville hollandaise. Ce dédale où le héros de Camus, Clamence, vient à la fois se donner et se perdre.
La télé, lieu par excellence où l’on vient se confesser… briller parfois, et aussi se perdre.
La première histoire partait d‘Amsterdam. Elle contait l’aventure d’un jeune Hollandais aux yeux bleu et à la barbe d’alors plutôt hirsute, épris de liberté et avide de chanter. C’était en 1965. Un matin blafard, le jeune garçon qui avait lu « Sur la Route » de Kerouac, prend le chemin du port pour monter sur un voilier et quitter ce pays sans doute trop étriqué à son goût. Alors, il suit les canaux et dérive jusque Liège en Belgique, où il prend sa guitare et tend sa casquette en quête de quelques piécettes. Début de l'aventure.
Dave, puisque c’est de lui qu’il s’agit, dans l’exercice difficile du parcours initiatique raconté à la première personne du singulier, et que l’on retrouve, en 2000 ou quelque, sur d’autres canaux - vénitiens ceux-là - entrain de chanter, guitare en bandoulière devant un café.
Sa tentative d’y jouer tel un parfait inconnu marche tellement bien qu’il fait presque fuir les touristes, en mal de tranquillité, ce qu‘il prend plutôt à la rigolade... Ou l’histoire d’un ‘Singing Dutchman ’ homo un peu décalé, promenant, sous son éternelle mèche blonde, un regard à la fois ironique et sympathique sur la vie et sur ses contemporains. Une histoire de désir et de quête de liberté.
Plus loin dans la nuit, la seconde balade ramenait les insomniaques de mon genre à Amsterdam, via un détour par l‘Inde et l‘Angleterre. Cet autre parcours, initiatique également, fut celui d’une enfant devenue aujourd’hui une jeune femme.
Une « initiation », mais imposée cette fois. La jeune réalisatrice Maroesja Perizonius , née en 1971, signe avec La mère, l'enfant et le Guru, son premier film d’auteur. A Amsterdam, elle eut une mère très cool, très baba, qui vivait d’amour, de hashich et d’expériences diverses.
Une mère qu’elle choisit d‘interroger, 25 ans après, sur cette vie en communauté qu’elle fit « partager » à sa fille dans un ashram du mouvement Osho. Images hallucinantes de moustachus en transe et de pulpeuses en extase devant le Maître, Bhagwan, Le saint patron pour quelques paumés occidentaux.
Une secte donc, plutôt du type bien con, vu d’ici de l‘écran. Banale, presque. D’époque, dirait-on. Avec la panoplie classique : manipulation, mensonges, mise au travail forcé des enfants, séparation des parents d’avec leurs enfants, l’amour « libre » comme une obligation et les dérives classiques du genre : la petite Maroesja, treize ans, initiée aux choses de l’amour par un bien plus vieux qu’elle, sous un beau prétexte spirituel.
25 ans après, cette belle jeune femme tend le micro et la caméra à sa mère, sans animosité, sans piège, juste pour savoir… Savoir si elle savait. Juste pour entendre des mots. Même pas des mots comme « erreur », « scandale », « dérive »… Juste sans doute pour entendre le mot « pardon » sortir de la bouche de sa mère, revenue de tout cela, et revenue elle aussi vivre à Amsterdam. Un mot qui ne viendra jamais. Un mot qui, pour sa fille, aurait pourtant ressemblé à un petit voilier trouvant enfin la sortie vers le large.
Up-to-you'land