"Romance" - Mike Oldfield

Publié le par alf

Un nom de barde moyenâgeux... Ca collait bien avec "To France", scie pop géniale aux accents de "Jadis" qui nous chatouilla les oreilles dans les années 80. Le Mike, donc... Coup de masse sur la tête le jour où ma soeur ramène une K7 - copiée par un gars un peu plus âgé qu'elle - du lycée; une K7 siglée "Mike Oldfield in Wonderland", soit un best of. Inconnu à mon bataillon. Mais décollage immédiat: je découvre les portes de ma quatrième dimension. Et Mike est mon passeur. Je m'évade, enfin... A 14, 15 ans? Je sais plus.

Puis ce sera la Médiathèque. La location systématique des albums. Comme un élève appliqué, je commence par le début, "Tubular bells", re-coup de massue dans la gueule, le coeur, le corps, les oreilles. Puis "Hergest Ridge", puis "Ommadown" - le summum, l'alter égo musical de mes tiraillements intérieurs, anges et démons, enfer et paradis, crise de nerfs et extatisme. Les extrêmes réunis sur une galette de 38 minutes. Ma rage et mon désespoir. L'initiation toujours, à chaque écoute; la transe, parfois. Et la catharsis.

Pour l'heure, une vingtaine d'albums plus tard, sort, en 2005, ce double intitulé "Light & Shade". Soit deux CD, dont on nous dit que l'un est "chill out" (traduisez: "pépère", genre album pour Bobos qui boivent de la camomille?), l'autre "up tempo" (traduisez :"speed", ou "à grande vitesse"?).

En 20 ans et autant d'albums, j'ai vu la dégradation, j'ai sous-pesé, réécouté, j'ai eu plusieurs fois l'occasion d'être affligé. J'ai aussi vu le Mike en concert ("Tubular Bells II"). Génial, mais à côté de ses pompes. Je me rappelle de son "Hello Paris!" lancé à la foule, en entrant sur la scène de Forest National... à Bruxelles. Un grand moment. Comme de la poésie sortie de la bouche d'un simple d'esprit...

Je ne m'attendais donc pas à retrouver le Maïky en grande forme sur ce CD (la dernière extravagance illuminée des dieux datant d'il y a quinze ans facile, avec l'extraterrestre "Amarok"). Après une première écoute, l'affaire était emballée, adjugée. Un flop de plus, une espèce de désert narcissico-branlatoire, auquel on a fini par s'habituer avec lui.

Toute cette entrée en matière, en fait, pour parler d'un des morceaux de l'album intitulé "Romance". Romance qu'on retrouve sur la galette "up tempo", rythmes techno à la clé, donc. Je sais, ça fait peur.

Ce morceau me laisse pantois, sur le cul, sans voix. Il s'agit là d'une reprise - ce que le Mike oublie évidemment de préciser dans le booklet de son album - d'un morceau hyperconnu mais au compositeur inconnu semble-t-il, d'après un rapide coup d'oeil sur Google. Arrêtons le faux suspens: il s'agit de la musique du film "Jeux interdits", avec Brigitte Fossey. Un morceau d'une tristesse infinie à la base, qui renvoie à l'enfance, au déchirement, aux larmes, à la mélancolie. De la guitare classique. LE morceau sur lequel des milliers de gamins ont commencé à apprendre la guitare.

Mike donc. On était habitué à ses reprises, souvent étonnantes ("Arrival" de Abba, un titre classique sur la BO du film "Killing Fields", etc.). Mais, ce qu'il a fait avec le morceau réintitulé "Romance" est... comment le dire? Un... euh... Oserais-je?... Un oxymore musical. Autrement dit, une détestable merveille. Ou une géniale daube. Un coup de génie visonnnaire mais abominable ou une ringardise, une kitscherie magnifique et totale.

Ou les deux? J'explique: c'est un peu comme si André Rieu avait été coincé pendant 3 semaines dans une boîte techno, où il se serait exclusivement nourri de pilules d'extasy et de whisky-coca-Redbull... Il serait devenu le dj number one et aurait pondu cette chose, ce truc... Le genre de truc qui sera peut-être vendu à des millions d'exemplaires dans 40 ans et qui passera sur Radio 3 en continu? On sait pas. Dans ce cas-ci, franchement, je préfère pas savoir... Romance... Si c'est ça pour lui la romance, c'est inquiétant pour la gent féminine...

 

Pour tenter de comprendre, contextualisons. Il se fait que monsieur Oldfield aurait épousé, il y a qq années, une jeune femme espagnole et serait allé s'installer à Ibiza. C'est là qu'à mon avis, il a découvert les boîtes, la drogue des yuppies, la baise dans les toilettes et ce genre de chose... Tant qu'on est dans les cancans, ajoutons que j'avais lu sur un site Web que, redevenu célibataire, il passait des petites annonces dans les magas espagnols pour se trouver une nouvelle gonzesse. Genre: "Musicien professionnel cherche jeune compagne". A mon avis, le bonheur a rendu ce type complétement gaga. Reste à espérer que tous ses neurones créatifs ne soient pas brûlés par la drogue - et l’amour - et qu'il nous fasse bientôt une bonne grosse déprime :-)...

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Publié dans music'land

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D
Salut, très intéressant ce commentaire sur Romance du grand Mike écrit en 2006 ! Je suis tombé sur ta page en cherchant sur le net à partir de quoi ce morceau avait été repris. Cet air m'était tellement familier, mais pourtant je n'arrivais pas à retrouver.<br /> Personnellement j'aime bien disque - enfin, pas tout, y a quelques passages assez pénibles, mais y a aussi quelques merveilles, comme Lakme, Romance justement, que j'adore (ce morceau me met en joie pour la journée - donc pour moi c'est plutôt un trait de génie et pas une daube), Tears of an Angel, Ringscape (magnifique guitare sur ces morceaux)... J'aime globalement toute la 2e moitié du 2e disque, qui n'est pas éloignée du MO qu'on aime. La guitare de Mike prédomine. Quelques beaux morceaux aussi sur le 1er disque, comme Our Father.<br /> J'ai déterré cette vieille chronique de 2006 : peut-être que ça donnera envie à quelqu'un d'en parler aussi, 15 ans après :-)
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A
salut Doc, merci d'avoir fait revivre le temps d'un instant ce vieux blog d'un autre âge ;-)! Je n'ai plus réécouté ce Light & Shade depuis. Par contre, il y a eu de beaux disques dans la foulée et j'apprécie le Return to Ommadawn qui est empreint d'une certaine nostalgie, par exemple. J'ai découvert depuis (depuis 2006) l'album de remix Tubular Beats que tu connais p-ê (ou sans doute) et dont j'apprécie la reprise justement d'une partie d'Ommadawn par York et tu devrais apprécier aussi je pense : https://www.youtube.com/watch?v=nATBLwUgE5o
N
Hello,<br /> T'es lucide sur Mike Oldfield et du coup courageux d'avoir acheté Light&Shade. Je ne me souvenais pas de son entrée à Bruxelles (j'étais aussi au Forest National en 1993), par contre j'avais eu la chance de le voir avant et après le concert au parking souterrain. Je dois avoir une dédicace quelque part... il était accompagné de sa copine Rosa Suarez à l'époque. Je ne pense pas que ce soit à cause d'elle qu'il se soit installé à Ibiza (il fricotait avec une allemande à l'époque d'Ibiza... j'ai bien bossé les ragots pour mon article sur ses copines !...). Sinon, la drogue, oui peut-être... mais il était alcoolo à l'époque d'Ommadawn et ça n'empêchait pas l'inspiration... J'ai juste très peur que la musique ne soit pas resté une nécessité impérieuse pour son bien-être et voilà... Son futur (2008 ?)  album "dans la veine de ses oeuvres des années 70" sera un ultime test....
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A
Hello Nicolas<br /> Euuuh, pr être honnête je me suis contenté de  louer le CD à la médiathèque, et de le copier sur une vieille K7 pourrie qui traînait, un peu honteux quand même... ;-)<br /> Oui MO reste un point d'interrogation pour moi. Et j'ai du mal à coller les morceaux de son parcours atypique. Jecrois que tu as magnifiquement résumé en une phrase : "la musique... comme une nécessité impérieuse pour son bien-être..." c'est pr ça et comme ça que j'ai aimé et aime encore Ommadown, Hergest Ridge, Incantations, TB... Un peu d'âme tourmentée en 200...7 ou 8? C'est ce qu'on lui souhaite ;-)!<br /> à bientôt j'espère<br />  
S
moi j'aimais bien " moonlight shadow"<br /> il en a pas fait de meilleure depuis je trouve
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A
Aaah, la voix de Maggie Reillly: un bonheur! Dans le même genre, "Blue night" sur le (mauvais) album "Earth Moving".