Renaud, James Blunt et la jungle columbienne

Publié le par alf

Paraît qu’à Guantanamo, les militaires américains passent du Eminem en boucle pour faire craquer les « terroristes ». Un peu comme dans La zizanie, avec la guerre psychologique de Detritus contre les Gaulois…

En Colombie, les autorités en place - épaulées par la CIA sans doute - auraient sérieusement envisagé de diffuser « Dans la jungle », la chanson-hommage à Ingrid Betencourt signée Renaud (musique de Buc), dans la jungle justement, et à fond les baffles, pour faire craquer les FARC.

En fait, ils hésitent entre « Dans la jungle » et « You are beautiful » de James Blunt, le pseudo-bellâtre qui a longtemps fait militaire british au Kosovo avant de beugler sa soupe aux oreilles d’adolescentes pré-pubères en se faisant passer pour un castrat inoffensif.

Pour ma part, je ne sais pas ce qui serait le plus efficace. Suis seulement déçu par l’ami Renaud, à qui je pardonne d’avoir fait la couv’ de Paris-Match ou de magas simili-people, avec Romane (il y est peut-être pour rien) mais à qui j’ai du mal à pardonner d’avoir écrit une si mauvaise chanson, lourde, empâtée, pas subtile.

Trois années dans la jungle

Ligotée, bâillonnée

Avec le vent qui cingle

Dans tes cheveux défaits

(…)

Nous t'attendons Ingrid

Et nous pensons à toi

Et nous ne serons libres

Que lorsque tu le seras

(…)

Par comparaison, je pense à la force de « C’est déjà ça » de Souchon, l’ellipse, l’allusion...

Quant à la musique… Digne d’un truc qu’on fredonnait poing levé dans les maisons de Jeunes des Jeunesses communistes, avec le pote Georges Marchais dans les chœurs. En plus, niveau voix, on a l’impression que la courroie du mange-disque a fait la guerre. Ou que Renaud est bourré. Mais de ce côté-là, il a arrêté, je crois, non?

Ceci dit, je n’oublie pas que ce gars a quand même écrit « 500 connards sur la ligne de départ ». Pas du Proust d’accord mais du sévèrement burné, de la provoc’ qui pique là où ça doit faire mal.

Mais je ne lui jette pas la pierre, bien au contraire. Je préfère endurer une mauvaise chanson de Renaud - dont la cause est noble - que de me fader les jérémiades de ces chanteurs français dont le seul acte engagé consiste à se manifester sur les plateau télé pour se plaindre du Peer to Peer.

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Publié dans music'land

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