I do believe in an interventionist Cave!

Nick Cave,
sans son
éternel
costume...
et sans
l'étrange
moustache
en fer à cheval
qui lui donne
aujourd'hui
un air de
Cabaleros
C’était le 1er mai sur la scène de Forest National à Bruxelles. Deux heures durant, ils ont déversé les tonnes de décibels salvatrices: de celles qui vous remettent les tympans en place et les idées bien au clair. Si vous manquiez de hargne, de rage et d’excitation ces derniers temps, alors j’espère que vous y étiez, comme moi, à Forest, avec Nick Cave et ses Bads Seeds.
Un célèbre magazine de rock & de folk publie chaque année les courriers de lecteurs ayant pour point commun la même marronnerie mord-moi-l’neu-neu : « Etre rock en 200...8, c’est quoi pour vous? ». Avec Nick Cave, plus besoin de poser la question. Et si je ne sais toujours pas ce que c’est « être rock en 2008 » - à vrai dire, on s’en tamponne le nombril avec une pince Monseigneur, non? - je sais ce qu’est le rock avec Nick Cave.
Avec lui, le Rock se f(a)it chair. Et cette chair-là - ce grand corps maigre qui se glisse depuis des lustres dans un éternel costume gris sombre et une chemise blanche col 70’s - cette chair-là donc traduit dans la musique et le jeu de scène qui lui sont propres les affres de la nature humaine. Entre noirceurs profondes et éclairs de lumière.
Sa musique, ses chansons, ses textes, son attitude nous ramènent sans cesse et depuis le début, aux « fondamentaux » de l’homme postmoderne. Naviguant entre ses tiraillements internes - fantasmés ou réels - , Cave réussit à traduire ceux-ci en mots, en sons, en contorsions physiques. Tout y passe : de la nature profonde de l’homme - du mâle en particulier - à son rapport à l’autre - aux femmes, souvent ; il aime à remuer là où ça rape, ça irrite, ça grince en évoquant pêle-mêle l’instinct, la sauvagerie, la violence, le destin, le hasard, le désir de puissance, la civilisation dans ce qu'elle a de pathétique et ridicule, la religion, Dieu, la nature corruptible de l’homme, la force du sexe, la folie, la Mort, la sainteté, les limites de la liberté…
Le tout dans une écriture qui varie, de disque en disque, avec concision ou dans la logorrhée, avec intelligence toujours, humour sous-jacent, très souvent. Et aussi en aimant à se glisser dans la peau de personnages pas toujours recommandables mais avec cette distance qui le différencie d’un Bowie par exemple. Nick Cave, c’est l’Ancien et le Nouveau Testament réunis. Mais pas sur le même disque. C’est l’Enfer et parfois la promesse de quelque paradis.
Jeudi soir à Forest National, le répertoire fut surtout axé sur les deux derniers albums, agrémenté de beaux moments furieux d’hier aussi : Deanna, Red Right Hand, Stagger Lee, Papa won‘t leave you Henry…, et de quelques rares éclaircies plus douces : The Ship Song, Into my Arms… Un Nick Cave en grande forme, déchaîné comme une puce, rigolard même, et qui persiste à porter cette moustache en fer à cheval qui lui donne un air de Cabaleros en mal de mauvais coup.
Pour la discographie, comment ne pas vous renvoyer vers le barnumesque rékapituléidoscope d’un fan absolu, Thom? C’est à lire ici (après celui consacré à NiN).
Et aussi à la critique de G.T. relative à l’album et au concert marseillais du 26 avril, là