Marvin, lonesome Zorro

Marvin à Ostende. L’homme au regard d’enfant, ce grand noir tourmenté qui fit les beaux jours de la Motown, échoué sur le sable de la reine des plages belges. C’était il y à 25 ans, en février 1981. La caméra de Richard Olivier l’avait suivi dans sa fuite. Des raisons qui l’avaient poussé à venir s’installer chez nous…? Des problèmes de fisc, l’expiation de la dope, la chute des charts, rejeté loin des hits-parades… Tout cela, un peu, sans doute. Des histoires pas claires avec la gent féminine, peut-être aussi.
La querelle avec le père, violent, les coups de fusil du pasteur pour son fils, ce sera pour plus tard.
Peu importe. Il est là comme un oiseau de passage. Un oiseau qui a les plumes qui sentent le pétrole. J’ai en mémoire quelques images. Surréalistes dirait-on, par facilité. Marvin Gaye chantant un gospel, seul dans cette petite église flamande. Accoudé à un bistrot, entouré de marins en rade. Des comme dans les chansons de Brel, qui pissent leur bière et qui rotent avec Breughel dans les choeurs. Lui, le Black US au milieu de ces flamands au teint rose, qui ne le connaissent ni d’Eve, ni d’Adam. Marvin, l’homme oublié.
Image d‘abandon, de rédemption aussi. Seul avec son ballon de basket, mettant des paniers sur un vieux terrain dans la cour d’une école. L’entraînement du type qui va revenir, qui y croit, qui sait son génie. Et qui tente de chasser ses vieux démons, en terre catholique.
Anecdote lue dans la biographie d’Arno : c’est ce dernier qui lui préparait ses repas. Cuistot perso’ de Monsieur Gaye. On est grand prince ou on ne l’est pas. Marvin qui écoute les maquettes du premier album de T.C. Matic, le groupe ‘hardcore’ d‘Arno. Le choc des cultures... Marvin qui ne comprend pas qu’Arno fasse le trajet Bruxelles-Ostende en train, après avoir fait une télé dans la capitale: « comment, on ne t’a pas ramené en limousine ? ».
Avant de redéployer ses ailes pour un ultime voyage vers les States, il aura tout de même enregistré « Sexual healing » en Belgique, après avoir répété dans le local d’Arno… à Bredene, entre dunes et digue de mer.
À lire: Ben Edmonds « What’s going on, Marvin Gaye? » (10/18) et « Arno, un rire une larme » de Gilles Deleux (Ramsay). À voir : « Marvin Gaye transit Ostende » (1981) et « Remember Marvin Gaye » (2002) de Richard Olivier.