Midnight blues soundtrack

Publié le par alf

C’est la Nuit, vous êtes seul. Entouré - certes - mais seul. Il y a un peu plus d’un siècle on appelait ça le spleen et ça se réglait à l’absinthe. Ici, y a comme un grand vide dans le cœur, une fêlure, une vieille cicatrice qui se rappelle à votre bon souvenir. L’envie d’être un ours, renfermé, et qu’on ne vous pose pas de question.

C’est le moment de vous la faire cette compil’, celle qui fait du bien tellement c’est triste. Alors, vous prenez d’abord un Jeff Buckley. Vous savez, le « Satisfied mind » qu’il joua dans l’église, à l’enterrement de son père (ce type qu’il voyait pour la troisième fois dans sa vie). Un beau message pour se barrer en douce.

Vous poursuivez avec Johnny, presque tremblant, qui vous livre Cash une version imparable du « One » de U2. « This little song is for Fred » dit, feutrée, la voix qui suit. For Fred « Sonic » Smith. In memoriam. Et la voix se déchire sur deux accords simplismes à vous le fendre, le cœur, emmené par dame Patti sur l’air de « Farewell Real » .

Vient alors la supplique lente et lourde du ‘brother Daniel‘, le Lanois du « Maker ». Imparable pour vous faire frissonner de sadness. Le moment idéal pour enchaîner sans coup férir sur un truc faussement gai, d’un drôle de pince sans rire, l’oiseau Byrne qui chante : « You may think i look sad - but its only my facial expression ».

Après, vous réclamez un peu de douceur dans ce monde de brutes et vous vous lovez pour trois minutes dans le cocon préparé avec amour par Annie Lennox et qui s’intitule « True love ». Ca ne peut pas durer, le spleen vous taraude, il se rappelle à vous avec Jil Caplan, qui n’en peu plus de souffrir ses « Deux bras arrachés ».

Débarque alors un truc pire encore, genre glaçant à souhait: vous êtes paumé dans les canaux d’Amsterdam un sale matin d’hiver et le beau David en rajoute trois couches pour faire gémir les mots du grand Brel traduits par le Mort.

Surgit l’ombre complice de Nick Cave qui pour le coup ne crache pas sa bile des grands jours, non. Il se lamente pour cette fille paumée : cette « Nobody’s baby now ». Puis c’est cette autre fille, celle qu’on a vu si souvent le poing levé, l’œil comme un couteau pointé, mais qui sait parfois être si fleur bleue. Et cette voix qui susurre « You’re jalous », comme un chagrin mis en musique et dont on se saoule.

Cette plongée dans les extrêmes vous a donné soif. C’est le moment de vous servir un « Campari soda » , avec l’ami Stephan, en prenant l’avion version démo (« At your left, Brussels… »). Une fois le moteur éteint, vous pensez que c’est fini, rapport au morceau qui arrive et qui ressemble à une fin de film: « Bookend’s theme », probablement la mélodie la plus courte et la plus triste écrite par Simon et Garfunkel.

D’une guitare, une autre. Country- folk cette fois, accompagnée d’un bruissement de caisse claire, et du monologue têtu psalmodié par une Sheryl Crow presque en colère dans « Redemption day ».

L’Archange apparaît enfin et clôture le chapitre de cette Lettre à la Nuit écrite avec des notes. Il propose une pluie qui ramène doucement à soi: « Here comes the flood », version alternative.

Vous êtes épuisé, vidé, vous n’avez plus de larmes pour pleurer, mais vous êtes heureux, serein même. Tomorrow is an other Night.

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Publié dans music'land

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