Mary J Blige, Body and Soul - U2 kidnappé

Mary J Blige. Je l’avais vue chez Denisot. Manu Katché était l’invité et essayait d’en placer une. Lui, grand sourire: « J’ai joué sur untel de vos disques ». Elle, carrément dédaigneuse: ah, ouais… ». Pas vraiment sympa.
L’autre soir sur MTV, je tombe sur cette reprise. « One ». Un bijou, à l’origine. Mêlant les imprécations mystiques habituelles de Bono (Jesus, brothers, sisters…) pour parler d’un homme et d’une femme dont l’histoire d’amour est en souffrance. Débarque cette fille dans le clip. A dire vrai je ne suis pas trop R n’ B. Sauf pour Beyoncé. Mais l’exception vaut surtout pour sa chute de reins.
Et là, en voyant Mary J Blige, lunettes noires genre « The Fly », saisir le micro dans ce noir et blanc superbe, je vois… une femme qui prend le pouvoir. Un Bono qui en quelques secondes se transforme en… petit garçon. U2 - vous vous rappeler? The groupe de rock - métamorphosé en support-band de LA chanteuse. Tout ça en trois minutes.
Et puis, il y a ce phrasé musical, qui à la base joue sur la répétition un peu monocorde, qui se fait ici imprécation. Ce morceau qui soudain flirte avec le blues, qui lui même flirte avec le gospel. Car il y a cette Voix complètement habitée. Aux mille et unes inflexions, entre douleur et hargne, passion religieuse et pouvoir sexuel. On est dans une église sans murs. Et cette fille trop bien foutue, prise de saccades, qui lève l’index comme on lève le poing pour alpaguer le ciel.
You say
Love is a temple
Love a higher law
Love is a temple
Love the higher law
You ask me to enter
But then you make me crawl
And I cant be holding on
To what you got
When all you got is hurt
En une fraction de secondes, mon esprit fait un grand saut en arrière. Un grand zapping temporel. En voyant Mary J Blige, je me mets à penser… aux esclaves noirs (!). Condamnés à ne rien pouvoir posséder, si ce n’est leur propre corps et leur seule voix. En jouer. En faire une œuvre d’art. Pour exister. Intensément. Comme un héritage, une richesse transmise de génération en génération et qui s‘incarnait là, dans une seule chanson, au travers de sa seule présence.