David Gilmour, corps et âme?

Depuis plusieurs années, les lecteurs du magazine Rock n’ Folk tentent de répondre à cette question: c’est quoi être rock en 2004... 2005... 2006?
En lisant les quelque articles qui me sont passés sous les yeux à l’occasion de la sortie du « nouvel album » de David Gilmour, la question me revient et me taraude… Car notre homme affiche un port altier et une arrogance digne d’un Noble d’avant la Révolution. Monsieur Gilmour « reçoit » sur sa péniche aménagée en studio et barquée le long de la Tamise, avec un sourire calculé au plus juste du planning des interviews-presse.
A vrai dire, en lisant entre les mots des chroniqueurs rock, on perçoit une morgue assez désagréable chez le bonhomme. Au point de m’avoir fait penser à ces personnages-baudruches qui peuplent la pochette et le livret de « The Wall ». Un comble, non? Enfin, pas tant que cela puisque l’on sait que « The Wall » est l’œuvre du frère ennemi Roger Waters. Œuvre pas spécialement portée dans son cœur par Gilmour…
Waters, l’inconstant, le… révolté, l’excessif, le dingue « qui a bien tourné » (au contraire de Syd Barrett). J’ai regardé ce week-end le DVD « making of » de Dark Side of the Moon. Intéressant de constater que si on peut considérer Waters comme un artiste agaçant (lui le mal aimé, le « pas beau », le complexé, le parano, épris par à coups de délires de puissance), il n’en reste pas moins l’auteur de textes et d’histoires qui parlent à l’affectif, au cœur et aux tripes. Et qui, plus de trente ans après, pose un regard intéressant et résilient sur ses frères humains. Et si Gilmour s’est brillamment illustré dans la veine, lui aussi, je préfère néanmoins le premier.
Or, depuis plusieurs semaines donc, David Gilmour se répand en propos vicieux et en phrases vengeresses sur son ex-collègue des Pink Floyd qui ne se serait jamais vraiment remis du split du groupe. Jusque-là, il ne fait sans doute que dire partiellement la vérité avec des flèches en forme de mots acerbes.
Là où je commence à me marrer c’est quand je vois le merchandising et le packaging de son nouveau CD. Gilmour ayant publié il y a quelques mois son premier album solo depuis… vingt ans. Que dit le slogan promo? « The guitar and voice of Pink Floyd »… Déjà, on se demande bien qui a besoin de faire référence au Floyd. « The guitar and voice of Pink Floyd »… N’est-ce pas aussi ridicule que si un morceau de Quiche lorraine avait la parole et lâchait: « Je suis le sel et les œufs de la Quiche lorraine »?
Ensuite si vous allez faire un tour sur le site Web de Mister Gilmour (http://www.davidgilmour.com/island.htm), vous découvrirez la pochette de « On an Island » et le look en gros très cucul de son univers. Mouettes qui s’envolent, ombre chinoise de l’Artiste scrutant le ciel, avec madame et les enfants sur la plage… Etre rock’n roll en 2006 selon monsieur Gilmour? C’est les points retraite, le châle sur les genoux et l’assurance vie pour les gosses.
Enfin, à lire les interviews qu’il a donné, on apprend que le matin, lui et sa femme - car ils « bossent ensemble » - travaillent à l’écriture des textes de ses chansons… C’est écrit noir sur blanc sans aucun sourcillement et question sous-jacente des journalistes-intervieweurs. Un peu comme si Anne Quiévrain dans Place Royale, l’émission-plébicite du Palais royal belge, demandait au Roi Albert ce qu’il faisait de ses matinées depuis 20 ans et qu’il répondait qu’il prépare son discours de bons vœux du Nouvel an 2006. Franchement… Faisons un rapide calcul à la grosse louche : 10 nouvelles chansons en 20 ans. Admettons qu’il se soit reposé la moitié du temps ou qu’il ait bossé sur des « projets annexes », ce qui est le cas : ça fait une chanson par an, soit un mot par jour en comptant large…
Allez, j’arrête de médire. Je ne suis pas rancunier, moi. J’ai même (copié) son dernier album. Vous savez celui réalisé avec la guitare et la voix de… Pink Floyd, ouuuuui! Ben justement, à l’écoute, ça reste du bon… Pink Floyd, non? Quant à la tête et au cœur ne me demandez pas où ils sont passés.