Catherine Feeny - Hurricane Glass
Je suis encore tombé amoureux... D'une voix. Il y a quelques semaines j'écoutais Classic 21. Cette fille joue en direct dans le studio: Catherine Feeny, seule à la guitare. Marc Ysaïe annonce : elle sera en concert au Centre culturel Jacques Franck, mi-juin.
Rendez-vous est pris. Petite salle, 250 personnes. Un entracte, histoire de rentabiliser le bar (forcément, avec des places à 7,50 euros). Ambiance cosy. Et puis cette fille habillée comme un coquelicot, avec ses bottes de cow-boy... Sous le charme je vous dis.
Catherine Feeny, 27 ans au compteur, ou pas loin. Un deuxième album, intitulé « Hurricane Glass » qu'elle présente ce soir-là, au coeur de Bruxelles, à St-Gilles, un jour de victoire des Portugais au foot. Autant dire, sans doute un grand moment de dépaysement pour elle, vu la liesse populaire autour de la Porteuse d'eau. « Hurricane Glass », je pensais que çà sous-entendait une tempête dans un verre d'eau, mais ça fait plutôt référence à un verre à cocktail, si j'ai bien compris.
Succès en Belgique, côté francophone. Mais à part à Los Angeles, là-bas, de l'autre côté de l'Atlantique, c'est une parfaite inconnue. Impression ce soir-là de côtoyer une future grande. Rien que ça.
Elle est là, entourée d'un batteur, d'un guitariste, d'un bassiste. Elle, guitare en bandoulière, droite dans ses bottes. Un regard de chat, qui oscille entre le sourire généreux à l'américaine et le regard qui fixe quelque chose quelque part derrière votre tête à vous, qui vous transperce sans vous voir. Entre les deux, un territoire à explorer, celui du disque. Des histoires de relations humaines, d'amours un peu complexes. Et une voix.
Elle a fait la première partie de Suzanne Vega. Quand on parle d'elle, on évoque aussi Fiona Apple, Norah Jones, Joni Mitchell. Moins souvent Sinead O' Connor ou Cat Power. Mais là où la Cat transpire quelque chose d'animal, de sexuel, les vapeurs d'alcool et les effluves de tabac, chez Catherine Feeny, on sent la fêlure, la tension et surtout l'émotion. Sur scène, elle ressemble à un petit cheval indompté, qui résiste. Cette façon de légèrement faire vibrer son corps, en levant le pied du sol...
Les chansons? Si le premier album semble avoir été façonné guitare et folk assez classique, le deuxième réserve quelques surprises plus envolées, presque pop. « Mister Blue » vous prend par la rime. Une chanson qui se retrouve sur la bande-son du dernier film de Gwyneth Paltrow. Sinon, ça oscille entre des terres blues, folk et country. Il faut écouter « I Still dont believe you ». Et se laisser transpercer.
You say all these days apart
Will mend my broken heart
But I still dont believe you
No, I still dont believe you...
Public séduit. Pas tous. Derrière moi, la rangée se libère. Marre sans doute, après deux heures de concert, du rythme un peu relâché, des papotages entre chaque chanson, de la guitare à réaccorder. M'en fous. Moi je craque. Suit une séance de dédicace. Elle a laissé tomber ses bottes de Yankee pour une paire de baskets pourrave. Cheveux noués en chignon. Il n'en faut pas plus pour me faire craquer un peu plus (je parle du chignon, pas des baskets).
Je vaincs ma timidité, j'attends mon tour et lui tend enfin la galette en lâchant un « Hi ! Nice to meet you », un peu décalé. Elle se lève et me serre la pince avec un petit sourire solennel genre « Faisons ça dans les normes alors... ». J'hésite à lui parler de sa musique. Lui dire que sa voix a probablement des vertus cicatrisantes pour l'âme. La prochaine fois pour sûr, je lui dirai.
Catherine Feeny sera au Brosella festival (Atomium), le 8 juillet