From Genesis to Musical Box

« Quoi, Genesis revient? Oui, en juin au Stade Roi Baudouin à Bruxelles. Mais c‘est trop tard: n‘y allez pas! » Non pas qu’il n’y a plus de place (60-100 euros quand même…). Non, Genesis, c’était dimanche soir au Cirque Royal. Je veux parler du vrai Genesis, version 1973, celui de l’album ‘Selling England by the Pound’ et de ses petits copains ‘Foxtrot’ ou ‘Trespass’.

Je veux vous parler d’un groupe qui, depuis près de quinze ans, fait revivre la grande époque du line-up d’origine. Pas du « Filthy lucre Tour » des trois rescapés: Tony Banks, que je vois bien astiquer ses claviers tous les soirs avec sa bombe de « Fée du logis », Mike Rutherford, dont le sourire béat me fait encore et toujours penser au placide Ringo Starr, et l’ineffable Phil Collins, qui, entre un passage télé à la Star Ac, un petit coup de muzak pour Walt Disney, un concert au piano sur le Lac Léman devant un parterre de vieilles bourgeoises ménopausées en mal de coup de baguettes, s’est dit qu’il referait bien encore une fois tourner la fabrique à biftons.

Non, je veux vous parler de Musical Box. Ces Canadiens qui ont entrepris de refaire les shows de Genesis à l’identique, à la note près, au mot près, au costume près, au rayon laser près. Et je vous parle même pas des instruments d‘époque qu‘ils ont réussi à dégotter: Hammond, Mellotron, doubles guitares, etc.

Bon ça peut faire rire, je le conçois: quand on parle de « groupe qui se prennent pour… » On pense inévitablement à Johnny, à Clo-Clo ou à Elvis et à leurs clônes pathétiques. On pouvait donc s’attendre au pire. Mais ici, on est carrément dans un processus de reconstitution historique. Les types sont de vrais frappadingues qui ont étudié la chose scientifiquement jusqu’à retrouver les créateurs des costumes de Gabriel, le responsable des lumières, les dias projetées à l’époque, etc. Pour la musique, ils ont par exemple eu accès aux Masters de certains albums pour mieux piger la construction des morceaux et les couches d’enregistrements successifs. Des puristes et des passionnés.

Ce groupe est non seulement un groupe de musiciens hors pair, mais le jeu de scène du « Peter Gabriel », changeant constamment de costumes, le subtil light show avec ses effets d’un autre âge participaient tout bonnement du génie. Un génie signé par l'Archange, qui avait choisit de jouer la carte du pantomime, de la théâtralité outrancière. On pense inévitablement ici à Bowie et Ziggy, à MarcBolan, au Glam’rock, aux expérimentations du Floyd…

Comment la musique s’empare-t-elle de nos âmes, de nos cœurs, de nos cerveaux, de nos mémoires? Est-ce une prédisposition adolescente que de pouvoir s’imprégner totalement de millions de notes, de rythmes, de mélodies, refrains, couplets, solos, digressions…? Mystère. Pourquoi, par exemple, est-ce que je connais encore par cœur 96 % des chansons de Julien Clerc, paroles et musiques…? Je ne les écoute plus depuis des plombes, sauf par accident, rarement par volonté mais… Elles sont toujours là dans l’oreille, mêmes les plus obscures… J’avais 15 ans et ma grande sœur était amoureuse du ‘Cœur de rocker’… Pareil pour un paquet de chansons de Montand, de Reggiani, de Brassens, de Jonasz, mais aussi des morceaux de Bach, de Haendel… Des trucs que je n’écoute plus tous les jours, il faut le dire. Et pourtant tout est là, dans un coin du cerveau, près à bondir énigmatiquement hors de soi…

Le show vu dimanche commençait sur ‘Watcher of the Skies‘, et ce fut deux heures assez hallucinantes, avec l’album ’Selling…’ au complet - avec des morceaux imparables comme : "Dancing With the Moonlit Knight", "I Know What I Like (In Your Wardrobe)", "The Cinema Show"- mais aussi les incontournables « Musical Box », Supper’s Ready », jusqu’au climax, avec ‘The Knife’pour rappel.

Des lustres que je ne les avais plus entendus. Mais ce fut comme une télé-transportation dans l’espace-temps vers 1973 mais aussi vers mes années d’adolescence, 10 ans plus tard, ou pour échapper aux Spandau Ballet et autres Duran Duran ambiants, je me calfeutrais dans de vieux albums de Genesis…

Dimanche, le pote qui m’accompagnait fut victime comme moi, pareil, des mêmes tremblements, des mêmes battements virtuels des doigts dans l’air avec des baguettes invisibles, les mêmes impulsions, les mêmes mimiques.

On nous aurait filmés, ç’aurait pu faire un petit film comique sur Youtube! Comme deux ours pris la main dans le pot de miel, à écouter, presque en état d’hyper-ventilation, du rock progressif… Selon les punks, le pire truc inventé dans la musique, si l’on excepte un certain hard rock aux solos branlatoires interminables et pompiers. Ben y a des choses qui ne s’expliquent pas, hein. Et quand y a de la gêne, y a pas de plaisir! Et franchement là… on s’est pas gênés!