Aimable-GrandMasterFlash, le mix
L’autre jour, en prenant mon bain j’entends un morceau bidouillé par GrandMasterFlash dans la petite radio waterproof qui égaie l‘écho de la salle de bain. Un truc assez peu cataloguable mais versant dans le hip hop. Le hic qui me fait fissa arrêter de jouer avec mon canard en plastique, c’est l’intrusion d’un accordéon dans le morceau. Entendons, je ne pense pas que ce fut vraiment de l’accordéon - quoique… peut-être un sampling - j’opterais plutôt pour un clavier imitant l’accordéon. Peu importe.
En réalité, j’ai des rapports bizarre avec l’accordéon. Genre « je t’aime, moi non plus » hésitant toujours entre le sentiment que cet instrument est en soi grandiose ou pénible, subtil ou ringard, kitschisime ou charnel. Ce morceau de GrandMasterFlash me laisse songeur et, toujours plongé dans l’eau chaude, il me ramène quelques années en arrière, à ces dimanches passés chez mes grand-parents.
A cette époque, ils ont eux, l’objet du culte:la télé! Moi, déjà, je suis fasciné par l‘écran, alors vivement dimanche! Le problème, c’est que le dimanche, il faut se taper « Accordéonisimo ».
Ne me demandez plus si c’est sur France 3, TF1 ou Antenne 2, je n’en ai même pas retrouvé trace sur Google, de cette émission. Quoiqu’il en soit, je me souviens des morceaux interminables. De ces solos qui n’en finissaient pas, joués par des monsieurs - parfois des dames - fixant invariablement le spectateur avec un sourire niais, un sourire de mime ou de charmeur de serpent, serrant et déployant le soufflet au rythme des respirations de la bête. Leur accordéon tel un auvent, un petit théâtre déserté par les marionnettes mais ampli de notes de musique qui fusaient.
Et nous, les gosses, qu’est-ce qu’on attendait? La séquence du Spectateur? Le Virginien? Ben non il y a avait encore et toujours un autre morceau qui arrivait et c’était reparti pour un tour, à notre grand désespoir… Malgré tout, je crois avoir été plus qu’intrigué par la dextérité de ces Yvette Horner et de ces moustachus gominés au sourire rondouillard qui peuplaient alors tous les villages de France et de Navarre et qui pratiquaient l‘accordéon comme un sport local de haut niveau.
En définitive, c’est assez marrant qu’un précurseur du Hip Hop, fasse remonter ce genre de souvenirs à la surface, qui plus est, dans une baignoire! D’Accordéonissimo à GrandMasterFlash… Un fameux grand écart, sans doute à l’image de l’instrument et de ce qu’on peut en faire. Depuis Accordeonissimo, j’ai heureusement découvert d’autres facettes de l’accordéon, du bandonéon, etc. De Brel à Arno, d’Arno à Bregovic, de Bregovic à Galiano, etc.
Et aussi toute la profondeur d’âme qu’on peut, parfois, y entendre vibrer: la douleur, la joie, le blues, le mystère… Stephan Eicher, dans une émission restée célèbre (Macadam, 1992) racontait (du moins est-ce le souvenir que j’en garde) que son père, le soir, laissait échapper de l’accordéon des notes à vous fendre l’âme, comme un grincement de porte qui vous mène vers un inconnu à la fois attirant et inquiétant… Le grand écart, que je vous disais!
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