« Hello, children of Brussels! » - from Patti Smith

Publié le par alf

Parfois - très rarement - je comprends enfin la raison qui me pousse à découper dans des journaux les articles que je conserve durant des années et qui s’entassent sur des tas improbables. Un classement nettement moins propret que celui de Paul Otlet, je l’accorde. Seul mon inconscient peut encore y retrouver quelque chose. Mais quand c’est le cas, mon ciel soudain s’illumine.

En entamant son concert par un « Hello, children of Brussels », Patti Smith a réveillé en moi le souvenir fugace d’une chanson. Une chanson jamais enregistrée mais écrite et dédiée à un public qui, un soir, souleva les montagnes. Google et les autres moteurs de recherche ne me furent pourtant d’aucune utilité pour en retrouver l’histoire. Même si un article en flamand trouvé sur le Web me confirmait que je n’avais pas rêvé. En farfouillant dans le bon tas, dans un coin du bureau - illumination ! - je tombe enfin sur l’article. Il est signé Thierry Coljon dans Le Soir et date du 18 septembre 1996. Je cite la fin de l’article:

- Vous souvenez-vous de votre dernier concert à Bruxelles, en 1978?

- « Oui bien sûr. Ce concert m’a tellement touchée, je ne l’ai pas enregistré mais j’ai écrit une chanson « Children of Brussels », que je n’ai jamais enregistrée. De toutes les dates de la tournée, ce fut la nuit la plus fabuleuse, avec une telle énergie, les gens debout sur leur chaise… ce fut si surprenant, je ne l’ai jamais oubliée cette nuit »…

Hier soir, la nuit fut belle. Sans doute pas inoubliable, ni pour une partie du public, ni pour Patti Smith. Mais peut-être certains présents à l'Ancienne Belgique sentirent ce pouvoir latent, cette envie de réveiller les fantômes d’une énergie liée à un lieu, un souvenir. Et pas seulement parce que Patti Smith évoquait une fois encore, dans la foulée, ses poètes fétiches passés par Bruxelles : Emily Brontë, ou ceux devenus célèbres ici, pour un coup de feu jaloux : Verlaine et Rimbaud, en juillet 1873.

Un portrait paru récemment dans Libé, stigmatisait un tant soi peu la chanteuse. Lui « faisant le maillot sans ménagement » si j’ose écrire, en s’arrêtant par à coups et par allusions plus ou moins lourdes sur la fine moustache qui orne sa lèvre supérieure. Patti Smith, la poétesse, la baba cool, la bringueballeuse de reliques - le vieux T-shirt élimé d’il y a vingt ans, la redingote, le chapeau noir, les livres fétiches dans les poches, etc... Oui, bien sûr. Elle est ça aussi. Parfois à la limite de l’image d’Epinal…

Mais en sortant du concert hier soir, je repensais à ces mots, écrits sur la pochette de son dernier album, Twelve : « Patti Smith, poétesse ». Et cette inscription que je trouvais à vrai dire un brin énervante - très américaine - cette manière d’affirmer ce que l’on est, pour s’en convaincre ou se rassurer - soudain prenait une toute autre dimension. Après l’avoir entendue chanter, grogner, cracher, hurler, psalmodier, en levant le poing gauche et en dodelinant du cul plus sensuelle qu’une gamine de 16 ans, à 60 piges, je me disais qu’écrire « profession : poète » sur le booklet de son disque était une autre manière de crier « je vous emmerde » à la face du Monde et à la gueule des marchands du Temple.

On eut bien sûr droit aux incontournables, abordés de façon classique: Gloria, Free money, Rock’n roll Nigger, Frederik, Because the Night, Pissin’ in a river, Beneath the Southern Cross, entrecoupés des reprises du dernier album, hommage très personnel aux musiques et sans doute surtout aux textes de quelques autres: Harrison (Within You Without You), Hendrix (Are You Experienced?), Nirvana (Smells Like Teen Spirit)…Autant de moments dont le plaisir émanait essentiellement du sentiment de la communion, de l’instant partagé, et d’une voix singulière.

Des moments dont certains furent plus forts que d’autres. Comme lorsque le fantôme de Cobain semble être apparu en plein morceau devant Patti, qui s’emballe, prise une fois encore de l’envie impérieuse de faire vibrer les murs… Mais derrière ça ronronne, un peu trop à son goût. Alors la chanteuse se retourne et fusille du regard Lenny Kaye et les autres, moulinant des bras telle une harpie pour les inciter à attiser le feu. Moins dangereux qu’une balle dans un barillet, certes. Mais mortel quand même… La rage, incarnée. Une bonne dose, toujours bonne à prendre.

PS: J'ai trouvé Free money, joué ce soir-là à l'AB, et mis en ligne par une bonne âme sur dailymotion:

http://www.dailymotion.com/art-worlddiffusion/video/x29mge_patti-smith-ab-free-money-3/1

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Publié dans music'land

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G
Au Cirque Royal c'était les 24 & 25 Mars 1978 avec les KIDS en première partie, ces concerts ont étés enregistrés mais ne sont jamais sortis sur un album ??? le 26 mars 1978 elle passait à Paris,En 1977 Patti était tombée de Scêne aux états-unis les médecins lui avait dit qu'elle ne pourrait jamait remonter sur Scêne ...
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<br /> Ca a bien failli être sa Dernière Scêne  ! On l'a échappé belle ! Ceci dit, même<br /> tétraplégique, Patti nous aurait sûrement trouvé le moyen de ramper encore et d'assurer... <br /> <br /> <br />
N
Etonnant, j'étais à un concert de Patti en 1976 au Crique Royal, oui une énergie inoubliable... Je fus aussi ému de ce "hello children o-f Brussels" à l'AB en 2007 quand je l'ai retrouvé avec une autre énergie, belle mais différente évidemment de 1976 où elle était littéralement déchaînée. Je l'ai 'croisé' à son expo à Paris mi-juin 2008 après un set de 4 chansons acoustiques avec son fils et une vingtaine d'autres visiteurs... elle m'a montré ce manuscrit exposée de cette fameuse chanson 'chuldren of Brussels' qu'elle me dit avoir écrite la nuit du concert de 1976 mais elle a du confondre avec son concert de 1978 (art.Coljon)...mais peu importe la complicité d'un instant était là. Belle spontanéité et douceur sous le souvenir de cette énergie vocale imparable même à près de 60 berges.Ceci dit, je cherche toujours les paroles de cette chanson !!!
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<br /> Hello Nicolas, J'aurais aimé voir cette expo à Paris mais je n'ai pas eu le tps de faire le saut à jusque là... Beau moment de complicité<br /> que tu as eu là avec elle... précieux<br /> <br /> <br />
G
Merci pour cet article, ce 18 septembre 1978 j'ai assisté à la répétition de ce mémorable concert, la veille j'était en Catalogne j'était DJ au "PUPUT" discothèque Rock fermée depuis lors...le matin du 18 sept. j'écoute la RTB Patti passe ce soir à Forest National !!! concert en hommage à Jimi HENDRIX 8 ans jour/jour après sa mort ... mon chien m'accompagnait !... le doncert a duré j'usqu'à 1h du matin il y avait MAGAZINE en première partie...Si tu veux l'intégral de l'AB contacte-moi....
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Hello Guy, merci de nous avoir fait partager ce souvenir toujoursintense de ce fameux concert. et au plaisir de te recroiser ici...
V
Je ne l'ai jamais vu en concert, mais je regrette et je regrette d'autant plus que je viens de lire ta chronique : quelle plume sensitive! Tu fais un talentueux passeur d'émotions.
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A
...Ne la loupe pas la prochaine fois... peut-être repassera-t'elle en France à Paris , encore sur cette tournée? j'ai réécouté l'album "gung ho" l'autre jour - album que j'avais un peu oublié - pour marquer le début de mes qq jours de congé et ça m'a fait un de ces bien! <br />  
C
j'adore patti, j'ai acheté tout ce que je pouvais trouver sur elle ( bouquin ) je l'aime, c'est une sage comme il en existe peu, quand on a vecu une telle vie et que l'on y a survecu on ne peut que detenir une profonde sagesse, je regrette bcp de ne pas l'avoir vu sur scene.
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A
j'ai aussi qq accointances avec la dame, décelé qq "signes" qui me rapprochent d'elle. ce sentiment de proximité qu'on ressent instinctivement sans savoir pourquoi; j'ai lu aussi - plus tard - un peu son parcours perso, familial, j'y ai trouvé qq petits cailloux bien coupants, dont certains ne m'étaient pas inconnus. et en plus je suis né comme elle un 30 décembre... mais 21 ans après la Belle ;-) !