Stephan Eicher, maître royal... au Cirque

Publié le par alf

eicher---josi-OK---1808631042-cb17b8713c-m.jpgJe sais pas vous, mais moi je craque assez souvent pour des livres en les feuilletant au hasard et en tombant sur La bonne page. Une seule phrase - ou plus souvent une image -, suffisent à exalter mon enthousiasme et je repars avec la chose sous le bras, conquis.


Mardi au Cirque royal, j’ai eu cette impression au quatrième morceau joué par l’hôte du lieu ce soir-là: après un petit tour de chauffe de trois chansons interprétées seul à la guitare, Stephan Eicher entame, en solitaire toujours, les premières notes d’Eldorado, titre-phare de son dernier album. Il faut peu de temps pour que le rejoigne Reyn, d’abord au piano, puis à la batterie, puis à la basse. En créant des boucles enregistrées successivement comme autant de couches qui se superposent, les deux hommes façonnent une vague énorme avec, surfant sur la musique, la voix du barde suisse, perchée dans les aiguës. Eldorado se clôture telle une mantra, lancinante et que l’on espère infinie. A ce moment précis, mon cerveau tordu m’évoque en un flash le son de… Tangerine Dream, c’est tout dire. Alors, on se laisse emporter - léviter? - et on se dit, rassuré, que rien que pour entendre ce son-là, on a fichtrement bien fait d’acheter sa place de concert!


D’emblée, le chanteur avait donné le ton: il sera décalé, et même parfois pour les versions des plages du dernier album. On eut donc droit, en amuse-bouche, à une interprétation lente et quasi blues de ‘Two people in a room’, une chanson d’il y a longtemps, à la base plutôt enjouée. Le reste du concert ne dépareille pas: Stephan Eicher revisite son répertoire en osant des versions à contre-pied, comme ce ‘Tu ne me dois rien’ presque jubilatoire. Mieux encore : il offre au final une relecture hardcore de la scie pop-rock - pour l’heure plus très circulaire - de ‘Déjeuner en paix', histoire de tenir son auditoire abasourdi; du moins ceux qui sont venus pour entendre… ce qu’ils connaissent.


Entre le premier et le dernier morceau, on aura dès lors pu apprécier un chapelet de sons, de rythmes et de mélodies qui, ici, évoquent le bastringue et le cirque ( "On est au Cirque royal, non ?"), là plutôt la drum and bass, plus loin le tango, plus loin encore les accents country-folk ou les mariachis. Et parfois même, les morceaux s’enchevêtrent comme autant de clins d’œil aux fans de la première heure.


Pour se faire, le mousquetaire suisse s’est entouré, en plus de l‘ami Reyn, de Martin Wenk (trompette de Calexico) et du fidèle Toby Dammit à la batterie. Les comparses passent joyeusement d’un instrument à un autre, histoire de troubler encore plus nos repères; Toby Dammit s’offrant même de nombreux aller-retours sprintés d’une batterie à une autre sur un des morceaux.


Comme à son habitude, l’homme Eicher est affable, il s’amuse et met tout le monde à l’aise avec cet humour dont il a le secret. Pour l’heure, le spectacle est total, les morceaux s’enchaînent sans temps mort, tout à l’air naturel mais à y réfléchir tout ou presque doit être réglé comme du papier à musique, avec la précision d’une horloge, suisse, forcément. Je me rappelle de concerts plus échevelés, à l’époque Engelbergienne, où l’atmosphère sentait l’écurie, guitares qui déraillent et bordel ambiant. Mardi soir, on était à mille lieues de là. Et c’était super!


Cerise sur le gâteau, les deux compos qui m’avaient moins plu sur l’album - le raphaelien ‘Rendez-vous’ et ‘Voyage’ - trouvent à charmer mes tympans au travers de versions très maîtrisées.


Au final, il y a aussi cette voix. Celle dont Eicher disait il y a pas mal d’années qu’elle ne lui plaisait pas et qui, au fil des ans, se trouble d’un voile fort approprié. Approprié notamment lorsque s‘installe l’ambiance jazzy , et que ‘I cry at commercials’ se fait entendre...

© photo: Josi. Visitez la galerie de Josi, qui se trouve ici 


PS
: ici, ma chronique de Eldorado

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Publié dans music'land

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V
Ah, ça remarche, je peux enfin poster !! :-]  Merci pour ce beau survol du spectacle de Stephan, ça a du être un super moment, en effet et tu sais à merveille faire  partager ça.  Bravo.
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Merci Vega, c'était trop bien franchement, j'attends ton c-r du concert de l'Olympia?
J
Je ne sais pas à quoi ressembleront les concerts auxquels j'assisterai... Pour l'heure merci à toi pour ce compte rendu qui laisse augurer de moments musicaux exceptionnels ! ;-)
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Déjà si tu en vois plusieurs de Stephan Eicher en cette fin d'année, tu es gâtée ;-)!
J
Ronronronronronron...:-)
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