La malédiction des machines - Little Miss J à la rescousse
La malédiction avait commencé il y a quelques semaines. On était partis un soir à l’anniv’ d’un pote, installé en Brabant flamand. Lors du troisième arrêt pour demander le chemin en baraguinant quelques pathétiques locutions vaguement flamoutches, la titine n’avait plus voulu repartir. Problème de démarreur…
Puis c’est le lave-vaisselle qui a commencé à battre le beurre; il ne faisait plus que rincer et jamais nettoyer : gênant…A ce moment-là, Elle m’avait sorti la phrase « qui tue parce qu’on sait que cette p… de phrase va sortir à un moment ou à un autre »: « On demanderait pas à mon père de regarder ce qui marche pas? »
Passons. Quelques jours plus tard, je La retrouve entrain de s’escrimer avec le chauffe-eau de la cuisine: plus moyen de le rallumer. Moi, très busybusy je lui avais dit : « Ok, je regarderai ça tantôt ». Mais évidemment, cela n’avait pas tardé. Le « boomerang qui tue » m’était revenu dans la G…
à du 200 à l’heure : « On demanderait pas plutôt à mon père de regarder? »
C’est là que vous vous dites : ce garçon doit avoir deux mains gauche (et un beau-père en or); il est nul pour le bricolage. Je m’insurge et je m’oppose à cette assertion calomnieuse. Il y a peut-être des domaines où je suis meilleur, c‘est tout. Et en plus en tant que gaucher, l’expression « j’ai deux mains gauche » ne signifie strictement rien pour moi et glisse comme un molard gluant sur le parapluie de mon indifférence.
Evidemment, la malédiction des machines n’allait pas en rester là. Il y a quelques jours, lorsque je me suis dit qu’il était temps de couper cette Grmpf-rogntudjuuuX&« #!!! de haie qui donne sur la rue dans le petit jardin « commun » dont je dois, par obligation locative, assumer l’entretien… le taille-haie ne voulait plus fonctionner. La crapule.
Oui… Vous devinez la suite! La phrase qui tue et tout… Et là je me suis fâché tout rouge. J’ai réuni autour de moi tous les outils de la maison et j’ai entrepris de démonter l’objet. C’était visiblement un faux contact. Bien sûr, je n’y connais rien en électricité. Mais si vous avez lu « Mars et Venus » (ce que je n’ai évidemment pas fait, je rassure mes lecteurs mâles) vous savez qu’un homme préférera s’enfoncer seul sur un terrain marécageux avant de demander secours en ultime limite, juste avant de sombrer corps et biens.
On y était donc. Moi, face au taille-haie, avec mes tourne-vis. Le taille-haie qui se marrait intérieurement (si,si je vous assure) et… Little miss J - 7 mois et quelques cerises au compteur - qui étrennais sa chaise « assise » pour l’occasion.

Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de démonter un taille-haie? Et bien, c’est simple : ils vous ont mis les vis tellement serrées que c’en est pratiquement impossible de les enlever sans le casser. J’étais en nage, j’avais réussi à enlever toutes les vis… sauf la dernière, la plus coriace, vous savez « celle qui z’ont fait exprès de serrer tellement fort pour qu’on puisse pas réparer soi-même la saloperie »… J’étais donc en train de jurer contre ces deux enfoirés de Black & Decker lorsque ma fille commença à se poiler.
J’en étais là, à tenter d’écarteler les deux parties en plastique du taille-haie en essayant de forcer le passage de la dernière vis : jurant, haletant, rouge de colère, suintant comme l’Homme fort de la foire avec les sourcils froncés. Et la petite mademoiselle J, elle… elle se marrait! Non pas le regard et le rire de complicité qu‘on lui connaissait… Elle se poilait comme on se moque gentiment de quelqu'un de ridicule…
Ca m’a tellement ému que j’en ai retrouvé soudain mon second degré. J’ai posé le B&D juste à temps, avant de l’avoir cassé. J’ai rapidement remonté les quelques vis retrouvées et… à tout hasard je l’ai essayé. Miracle : il fonctionnait ;-))! J’ai vite été couper la haie, la pluie est arrivée juste après. Dans le salon, ma fille terminait son biberon du soir, tranquille. J’ai repensé à ce petit sourire, jusque-là inconnu, sur son visage, et je me suis dit que - malédiction des machines ou pas - l’avenir promettait d’autres bien belles poilades...
PS: aux dernières nouvelles, votre serviteur n’a pas entrepris de démonter le lave-vaisselle tout seul; il attendra joli papa…).