La guerre de Don Mc Cullin
Dans le noir et blanc des photos de Don Mc Cullin, une couleur vous saute aux yeux: celle du sang.
Du mur de Berlin au Viet-Nam, de Beyrouth au Biafra, de Belfast à la Zambie, l’homme a parcouru la planète l’œil vissé au viseur, objectif en avant, pointant un regard interrogateur sur la folie humaine: celle de la guerre, de la haine, de la barbarie, de la bêtise transformée en violence. L’horreur bien cadrée, sans fioriture, sans apprêt. Imparable. Impossible d’y échapper tellement il vise juste.
C’était aujourd’hui le dernier jour de sa rétrospective au Musée de la photographie de Mont-sur-Marchienne. A la vue de ses images, la nausée, les larmes, la colère vous attrapent à la gorge.
Comment rentrer chez soi, en Angleterre, après avoir fixé dans le noir des pupilles ce que la Terre peut faire rejaillir de pire? Comment rester sain d’esprit après avoir côtoyé toute l’horreur du monde? Comment peut-on être photographe de guerre?
Don Mc Cullin, 70 ans, préfère qu’on dise de lui qu’il est photographe, tout simplement. Il est bien plus, assurément. Même si, après toutes ces années passées sur les fronts improbables de la furie humaine, il se demande encore si « cela valait le coup ». La réponse, pourtant, ne fait aucun doute.