Des chiffres et des dettes

Publié le par alf

Je me souviens de ce dessin de Vuillemin dans feu le magazine Zero, il y a un peu plus de 20 ans: Pologne, 1942. Des déportés attendent d’aller « à la douche », dans un camp de concentration; à l’entrée, un garde chiourme crie à la cantonade : « Savons!… Profitez de la promo : un Deutschmark! ». Un dessin qui fit légèrement scandale à l’époque. Pourtant, quel raccourci éminemment lucide sur la « chosification » des êtres et la marchandisation des « choses ».

Il y a quelques jours, alors que le monde apprenait que l’Etat américain - les citoyens donc - allait devoir éponger 700 milliards de dollars de dettes laissées par les banques (*), assureurs et cie; des dettes qui, si on fait le compte, sont autant de drames humains bien cachés derrière des chiffres - c‘est pratique les chiffres pour flouter les drames humains - arte diffusait un documentaire sur une histoire… de trains. De trains et de dettes. On va y venir aux dettes, parlons trains d’abord.

Il y était question de la participation des sociétés de chemins de fer hollandaise et française (la SNCF en l’occurrence) à la « solution finale ». Une histoire occultée longtemps mais qui, petit à petit, avait fini par émerger. On y répétait, bien sûr, tout le zèle qu’avaient mis certains fonctionnaires français et hollandais pour permettre que des trains partent à l’heure, remplis d’enfants juifs et d’adultes, vers des destination que la plupart (desdits fonctionnaires) semblaient feindre de ne pas connaître.

Mais le cynisme ne s’arrêtait pas là. Une importante paperasserie comptable conservée avait permis aux historiens de connaître le prix d’un juif pour un aller simple Drancy-Auschwitz ou Amsterdam-Birkenau. Dieu merci, je n’ai pas la mémoire des chiffres. Mais en florins et en francs français, au bout du compte et en 1944, ça faisait son petit pactole de fric.

Durant cette période, la SNCF ne s’était visiblement pas posé de questions sur l’usage du wagon à bestiaux pour transporter sa… « marchandise »  humaine. Ni de la qualité du transport. Un tiers des usagers n’arrivant pas vivant à destination, quand même. Sauf qu’au bout du compte, 2 mois après la libération de Paris par les Américains, ladite SNCF de l’époque envoyait un courrier de rappel aux autorités allemandes, pour une « facture impayée » ; celle d’un dernier convoi, non « honoré » Une comptabilité en ordre, c’est quand même important, surtout en temps de guerre, non?

On y précisait aussi dans ce film qu’aucune action de la Résistance ne s’était attaquée durant la Guerre à un train de déportés. Pas assez « rentable » faut croire. Je pense à cela car en Belgique, Robert Maistriau vient de passer l’arme à gauche. Robert Maistriau c’était un jeune type de 22 ans qui, avec deux potes, en Belgique, s’était attaqué à un des derniers convois de déportés en avril 43 et participa au Groupe G, à l‘ULB. Chez nous aussi, la Résistance avait jugé ce genre d’action trop dangereuse, insensée. Ben lui, avec ses deux potes, ils avaient attaqué un train, de nuit, avec un révolver et sept balles, pas une de plus. De vrais dingues, quoi...

De ce train parti de Malines et rempli de plus de 1600 juifs, purent s’enfuir 231 personnes, dont une quinzaine grâce à l’action directe de Maistriau et ses deux compagnons. Peu en réchappèrent, au final. Quelques-uns quand même, pourtant. Mais bon, les chiffres... on leur fait dire ce qu’on veut, c’est bien connu, comme diraient nos amis banquiers.

 

 

  (*) pour l'heure, au 29/09, c'est pas gagné...

 

 
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Publié dans actu' land

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J
Eh bien, eh bien ! Voilà enfin des vérités intéressantes à rappeler. Je n'ai pas vu le documentaire, mais il ne m'aurait pas surprise. Je suis déjà au courant de tout cela... Je me demande simplement, si de tels évènements se reproduisaient, que feraient certaines têtes bien pensantes d'aujourd'hui, en dehors de fuir le pays ? Et puis la lourdeur impitoyable des administrations, soucieuse de traçabilité, ne favoriseraient sans doute pas les actes d'héroïsme... Dans ces cas-là, l'ombre est un atoût efficace ! 
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A
ah oui, le lien que tu as mis dans ton com', Maquettes, c'est la fameuse BD de Vuillemin et Gourio, "Hitler = SS", que je n'ai jamais lue, merci!
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M
Et merci de m'avoir fait connaître Mr Maistriau.Un mensch.
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<br /> Un personnage ;-)!<br /> <br /> <br />
M
Pour des raisons diverses,je n'arrive pas à regarder un train de marchandise avec un oeil normal,passons...J'ai raté ce reportage mais j'ai fini il n'y à pas très longtemps,"les bienveillantes".ça parle du "boulot bien fait" justement et de jusqu'ou on peut aller par zèle,par conviction ou par ambition.Le côté "utile" de ces listes comptables(c'est vraiment pas un mot bien choisi mais je n'en trouve pas d'autre à l'instant),c'est quelles sont parfois la seule trace de vie qui subsiste.Bon,pour grincer un peu(sinon sourire)voilà un lien BD:http://hitlerss.canalblog.com/La bédé fut interdite alors je ne sais pas ce qu'il adviendra de ce blog...
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<br /> "Le côté "utile" de ces listes comptables... ,c'est quelles sont parfois la seule trace de vie qui subsiste."<br /> c'est terriblement paradoxal... mais c'est pourtant vrai...<br /> <br /> <br />
F
bonjour !je regarde aussi arte sur cettepériode de l'histoire . ça fait mal mais je dis toujours si nos propres compatriotes n'avaient pas participé activement aux départs des juifs , ils y auraient eu beaucoup moins d'êtres humains déportés ! Je suis contente de lire ton blog et de voir d'autres gens qui s'intéressent à ces reportages . ça remet del'ordre aux choses qui sont "occultées"je te souhaite une bonne continuation du blog .fanorise                  
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<br /> hello fanorise. En Belgique aussi, c'est arrivé, malheureusement, le zèle policier et administratif durant l'occupation; même si ce fut moins qu'en France, je<br /> pense<br /> Merci pr ton com', n'hésite pas à repasser par ici et à réagir<br /> <br /> <br />