Masculin pluriel & féminin singulier
« Sitôt qu'on est plus de quatre on est une bande de cons », chantait Brassens. Ce mercredi au Palais des académies à Bruxelles, douze hommes se sont mis à table. Six flamands et six francophones. Douze + deux, en fait, si on tient compte des deux ministres des réformes institutionnelles. Des hommes, des vrais, des forts, des types qui vont s’affronter à la loyale. Pour discuter de l’avenir de la Belgique, tout simplement.
Notez, j’ai pas dit « Douze salopards ». Et j’ai pas parlé de « mission suicide » non plus. C’est juste la souris institutionnelle accouchée après des mois de tergiversations et des montagnes de coups de gueules, d’œillades malveillantes, de testostérone linguistique lustrée au postillon francophone ou néerlandophone (*).
Notez encore : pas une seule femme choisie pour discuter de l‘avenir de ‘l’homme belge‘…
Hier soir sur la RTBF, trois hommes à table aussi. C’était il y a quarante ans, le 6 janvier 69 : Brel, Ferré, Brassens + un intervieweur. Un homme, encore : François-René Cristiani. Quatre donc. Le compte est bon. Des bières, des clopes, une pipe, un nuage de fumée… Mais là encore, pas une seule femme à l‘horizon. Ou plutôt si, derrière ce film documentaire « Brel, Brassens, Ferré, trois hommes sur la photo », signé par Sandrine Dumarais. La réalisatrice a voulu faire revivre cette rencontre née à l‘époque dans la tête d’un journaliste pigiste de Rock & folk, et qui reste un moment fort, quatre décénnies plus loin.
Trois héros, trois zorros, trois anars patentés, et trois… misogynes ? C’est-ce qu’on a souvent entendu dire à propos de cette rencontre: que les trois lascars s‘étaient lâchés comme des ados boutonneux ou de bons petits machos facétieux. D’ailleurs, lorsque l’intervieweur leur demande : « Et que pensez-vous de La Femme ? », s’ensuit un grand silence, puis un long éclat de rire, partagé !
Mais après quelques circonvolutions gênées, Brel rattrape, à sa manière, le coup: « On est tous les trois trop féminins pour apprécier follement les femmes… ». Réécoutant la bande son, quarante ans après pour les besoins du film, Juliette Gréco pouffe de bon coeur. Et au final, elle lui donne – elle leur donne raison.
Reste à souhaiter que les douze cités plus haut auront eux aussi, pour les mois à venir, un petit quelque chose de féminin dans le cœur, au sens brelien du terme... On pourrait même imaginer qu’ils aient vu ce documentaire, et qu’ils en garderaient également un peu de passion sans calcul, un poil de souffle libertaire à mille lieues de l‘esprit de chapelle, voire qui sait, un zeste de fraternité? Mais là je m’emballe : ces gens-là sont politiciens, pas artistes. Ne leur en demandons pas trop.
(*) Entendu ce matin sur les ondes de la RTBF:
« Si tous les Mongols parlaient flamand,
Et bien la Flandre serait bien petite, non ?… »
...dit avec le sourire par le Grand Jacques
A propos des querelles linguistiques,
du chauvinisme, etc. ;-)…
(c) photos de Jean-Pierre Leloir