Maïky, fais chauffer le moteur j'arrive!
Donc j’y suis allé. En Irlande. Avec RyanAir. Oui, bon, comme ça c’est pas très impressionnant, je l’avoue. Faut que j’explique: le plus dur, c’était le putain d’avion… Car ça faisait des plombes que lui et moi on était fâchés. Ne me demandez pas ce qui s’était passé, je ne sais plus. En fait, je n’ai jamais vraiment compris... Compris comment on pouvait monter là-dedans sans se poser de questions. Mais un jour j’ai carrément même plus pu monter dedans.
Ceci dit, j’ai eu le même blocage avec les métros, les ascenseurs et - plus grave encore - les salles de concert… Je vous épargne la description précise des symptômes. En gros: tachycardie, sensations d’étouffement, grosses gouttes qui vous suintent sur le front et jusque dans le calbut (résumé du résumé: en gros, l’impression que vous allez crever dans la minute). Et, plus fâcheux même : la perte totale de second degré, de sens de l’humour, de dérive dans la déconne.
Bref, me voilà sur le tarmac. Ca fait des semaines que je m’y prépare psychologiquement. Et, dingue, je suis totalement serein. Faut croire que j’ai fait la paix avec moi-même. Que je suis prêt. Prêt à faire le grand saut. A franchir le Styx, à monter dans l’oiseau de fer, à prendre la porte une dernière fois, à quitter le sol vers un ailleurs inconnu.
Pour être honnête, je dois aussi remercier mon sponsor, Lexotan…
Ca y est, j’y suis. On vient de grimper les marches de l’escalier mobile. Et bon faut avouer, là, j’ai comme un pincement quand je découvre l’intérieur : c’est plein de gens, serrés comme des sardines, dans une chaleur étouffante. A ce moment-là, j’ai comme une vision:
je revois les épisodes avec Pappy Boyington, je revois les soldats américains qui sautent en parachute les uns après les autres. Bref, un bon délire mais que je m’empresse d’oublier fissa.
Cependant, le pire du pire, je crois, c’est ce jaune dégueu sur les sièges et les soutes à bagages!!! Un jaune à gerber direct. D’ailleurs, je suis déjà en train de chercher un sac en plastique, au cas où. Et je jette discrètement un œil au type à côté, pour imaginer sa réaction quand il devra endurer la chose. Oui je sens que mon amour propre va en prendre un coup si ça devait arriver. Et sa putain de cravate aussi.
A côté de moi, il y a ce type donc, un Anglais bon teint (lui) qui lit la biographie de Lady Diana. Vous vous rendez compte? Lire la biographie de Lady Diana alors que ce sont peut-être vos dernières heures à vivre???? Décidément je ne comprendrai jamais rien à mes frères humains et encore moins aux British. De mon côté, j’ai cette chanson en tête: ‘Five miles out’ de Mike Oldfield, qui décrit le jour où, alors qu’il était tout jeune pilote d’un petit avion de plaisance, le Maïky a failli y rester en traversant une tempête:
Mayday, Mayday, Mayday
Calling all stations
This is Golf Mike Oscar Victor Juliet
IMC CU.NIMB.ICING
In great difficulty
Over
The traffic controller is calling
Victor Juliet your identity
I have lost in the violet storm
Communicate or squalk emergency!
Et puis je pense aussi à Cabrel et à ses paroles:
Des milliers d'hommes d'affaires,
Le nez dans le journal,
Rien d'autre à faire,
Essayer de trouver ça normal,
J'ai pas de costume sombre,
J'ai pas de conversation,
Et puis, j'ai peur de l'avion...
Bienvenue dans le piège,
Une voix de velours,
Qui dit, "sous votre siège
La veste de secours."
Bon je sais pas où il en est lui avec son problème. Mais moi… Ca va! J’ai résisté. J’ai ouvert le Rock n’Folk consacré aux Pink Floyd et j’ai mis les écouteurs dans les oreilles pour profiter de quelques bons morceaux avant le crash… Euh, je veux dire avant l’atterrissage. Enfin, vous avez compris mon ‘blème à moi c’est pas tellement les terroristes ou les crashs, c’était surtout de ne pas pouvoir descendre quand ça m’en prendrait l’envie...
Je vous épargne le vol retour (où je me suis même payé le luxe de lire l’article du Monde sur les attentats terroristes en préparation dans le ciel - mais oui Madaaame, carrément!). Et pourtant, il y en aurait des choses à dire... Ceci étant, quel bonheur de jeter un (furtif) regard vers les nuages cotonneux et de se prendre juste un moment pour un oiseau. Allez savoir, peut-être que cet avion a eu des effets thérapeutiques sur une partie de mes névroses et autres paranoïas? Oui, je crois que l’avion, ben j’y ai (re-) pris goût!
Maïky, fais chauffer le moteur j’arrive!