Madame Yvonne? (I) Vous m'en direz des nouvelles...
Vous ai-je déjà parlé de Madame Yvonne?
Je vous dirais bien : appelons-là « Madame Yvonne », pour préserver son anonymat. Mais l’anonymat, elle l’a vécu toute sa vie, Madame Yvonne. Alors… Alors, autant l’appeler Madame Yvonne, c’est - ou c’était - son vrai nom. Ou du moins la manière dont on l‘interpellait…
Madame Yvonne était un poème, un poème urbain. Est ou était, je ne sais pas. Aucun livre n’en parlera jamais. Sauf si un jour je l’écris.
Peut-être y a-t-il encore quelque main courante dans des postes de police, ou quelque bribe de document administratif au Samu social - et encore - qui parlent d’elle. Va savoir.
Je ne sais plus quand je l’ai rencontrée pour la première fois. Quand exactement. Je crois bien que c’était l’hiver, vers l’an 2000 ou en 1999, et qu’il faisait très froid. Elle devait être emmitouflée dans son long ciré jaune, là. Juste en face, à quelques mètres de la porte d’entrée et de sortie de là où je travaillais. Quelque part entre le boulevard de Waterloo et le parc du Palais d’Egmont.
Madame Yvonne souriait et parlait aux rares passants qui empruntaient le Passage de Milan, au cœur de Bruxelles, à cette heure-là, entre le Hilton et le magasin Delvaux, à deux pas de la boutique Gucci et de ce commerce de bijoux où les montres en vitrine affichaient pour certaine les 10.000 euros. Oui, ça devait être pas loin de Noël et on avait déjà sorti les sapins sur le boulevard, et les lampions aussi. Madame Yvonne souriait, silencieuse, tandis qu’il devait faire au moins - 10° dehors.
[A suivre… si vous le voulez]