En route pour le Pôle, Simone !
Suis retourné aux Explo’ du Monde ce week-end. Ca faisait des siècles que j’y avais plus mis les pieds. Quinze ans disons pour faire court. Les Explorations du Monde, j’y ai vu des dizaines de personnages fascinants, des aventuriers au long court, des explorateurs de terres lointaines, dangereuses, inconnues… Des personnages hauts en couleurs, des baratineurs, de piètres causeurs, d'autres - plus nombreux - passionnants, des embobineurs, des poètes, des mercantiles, des pas comme les autres…
De Willy de Roos aux Mahuzier, de Francis Mazière à Freddy Boller. J’ai des souvenirs pleins les yeux et le coeur. L’Ile de Pâques avec Christian Zuber, la Bolivie avec Drachoussoff, Alain Bombard qui pêchait le krill avec ses chaussettes, Maurice et Katia Kraff qui faisaient la nique aux volcans (ils se sont vengés depuis les salauds), etcaetera.
Et puis et puis… et puis un jour j’y ai plus mis les pieds aux Explo‘. Parce que ce que je voyais sur l’écran en comparaison avec ce que j’observais dans la salle me foutait un blues pas possible. Des myriades de vieux qui débarquaient le samedi après-midi, juste après la tarte aux pommes. Les bobonnes pour frissonner le temps de deux heures dans le Grand Nord en se disant qu‘on était quand même mieux chez soi, et les pépés pour s’encanailler à la vue de quelques vahinés aux seins pointant vers le touriste.
Eh ben, c’est encore pire maintenant. Normal : vous reprenez les mêmes mais vous ajoutez 15 ans. Il y a donc plus de femmes que d’hommes puisque quelques dizaines de mâles ont du passer l’arme à gauche. C’est la loi des séries. Tention, j’ai rien contre les vieux. D’ailleurs, ma grand-mère elle y va aussi [à propos, personne ne m’a demandé comment elle allait depuis cette sacrée soirée ertébéenne …? Eh bien, elle va bien - elle était couchée au lit, avec une bonne grippe].
Non, ce que je ne comprends pas c’est où sont les jeunes, bordel??? A part quelques ouvreuses au sourire charmeur coincées dans leur petit tailleur noir, les jeunes se comptent sur les doigts d’une main. C’est d’un triste. Comme une métaphore, un raccourci de quelque chose de très désagréable, dérangeant. L'image de la vie par procuration…
J’ai donc affronté, le temps d’un samedi après-midi, les hordes de vieillards pensionnés venus justifier leur abonnement au Palais des Beaux-arts (de Charleroi). Les dames qui sentent trop fort le parfum et la poudre pour le nez. Les perruques et les tailleurs d’un autre âge, les chapeaux d’avant-guerre. Tout cela dans le décors d’or et de velours rouge de ce vieux bâtiment au charme désuet. Même les bas-reliefs d’Osip Zadkine avaient l’air plus jeune que le public, c’est tout dire.
Et je vous évite les commentaires grappillés au hasard : « si vous m’entendez ronfler, laissez-moi dormir… », « J’ai du prendre du Nurofen pour ma sciatique… », etc. Sans oublier le coup du pépé arrivé en retard et total véner’: il nous râlait dessus, bave au bord des lèvres, parce qu’on lui avait soit disant piqué sa place! Finalement, il s’était trompé de ticket, il était venu avec un ticket de la saison précédente…
Suis pas sûr de renouveler l’expérience. Je me demande même si je ne préférerais pas encore avoir traversé le continent sibérien avec Gilles Elkaim, le conférencier. Un type asse rigolo, un mix’ entre Bob Dylan et Antoine, pour le look, en plus petit et plus gringalet. Il est parti quatre ans pour rejoindre le Détroit de Bering en traversant l’Arctique. Quelle vie ces aventuriers quand même! Finalement, lui s’est installé là-bas, pour de bon semble-t-il. Le plus dur j’imagine pour lui, dans toute cette histoire, c’était les dédicaces durant l’entracte… Quel courage!
© Photos: Exploration du monde 2006