Gaston, 50 ans, même pas vieux!
La voix monocorde d’Armand Bachelier, le générique de Point de Mire, la diction de Gérard Valet, les chansons de Joe Dassin, de Michel Fugain …La vieille Siera trônait sur le meuble du salon. Une machine magique, bleutée une fois allumée, avec les reflets de la lampe qui illuminaient l’intérieur, et puis ces sifflements étranges lorsqu’on en tournait les boutons, les ondulations venues d’ailleurs, là-bas de l’autre côté de la Planète… Un objet fascinant au point qu’un jour vous décidez d’en avoir le cœur net, pas du tout convaincu par l’explication de vos parents sur l’origine de ces sons qui jaillissent. Et plus que jamais persuadé qu’il y a bien un petit bonhomme caché dedans le poste pour faire les voix, tel un imitateur…
Cette idée, elle m’était peut-être venue de la lecture d’un album de bande dessinée: les Krostons, ces petits personnages peu recommandables, cachés sous leur grand chapeau rouge et qui se baladaient toujours à trois, armés d’une bombe… Le premier épisode était signé Deliège, qui croquait les petits Krostons, et Piroton, pour le personnage principal dessiné de façon réaliste : un dessinateur en mal d’inspiration. L’histoire? Les Krostons, coincés dans une planche de bande dessinée, finissaient par s’en échapper et mettaient à mal toute la maison… De là à aller chercher d’autres petits personnages dans ma maison à moi et même jusque dans la radio, il n‘y eut qu‘un pas, franchi allègrement.
Et puis, il y eut la collection des vieux Spirou, arrivés un beau jour comme par enchantement, hérités de je ne sais plus qui. Des caisses entières de trésors plus incroyables les uns que les autres: l’âge d’or des années soixante, avec entre autres, la Ribambelle de Roba, Taka Takata, le Vieux Nick, Starter, le Flagada, Bobo… et surtout, le héros absolu : Gaston Lagaffe!Gaston, dont les planches sont tellement vivantes que je finis par m’auto-convaincre que si les Krostons ont pu s’échapper d’une planche, il doit forcément y avoir un moyen de faire la route inverse et d’y entrer! Fuir « le vrai monde où l’on s’ennuie » comme on dit dans Olivier Rameau et rejoindre Gaston, Prunelle, Moizelle Jeanne, la Mouette Rieuse, le Chat, Jules-de-chez-Smith-en-face, les Singes de « Bravo les Brothers », etc. Tel était mon rêve à six ou sept ans.
Franquin n’aura pas vu Gaston souffler ses 50 bougies, en ce 28 février 2007, 50 ans après les premiers pas timides de son héros dans les pages du magazine de Monsieur Dupuis. Il y aurait encore tant à dire et à écrire sur Franquin - sur l’homme - au-delà du dessinateur de génie. Pourquoi tant de livres sur Hergé et si peu, en comparaison, sur l’œuvre foisonnante de cet humaniste envahi par le doute, rongé par des accès de pessimisme? Il me reste un peu plus d’un mois pour aller voir l’expo au Cinquantenaire. Je vous en reparle, promis… En attendant, et pour fêter cet anniversaire, je vous fais partager la plus belle dédicace personnellement, de ma vie, jamais reçue. A 15 ans, j’ai obtenu l’adresse du Maître à Bruxelles. Une semaine après lui avoir envoyé deux albums et une lettre pleine d’admiration, je reçois dans ma boîte ce dessin magnifique et un second, un dessin de Spirou que je garde bien au chaud...
Publicité