Délit d'initié
Après Botton, Tapie, et quelques autres, voilà donc l’ex-P.-DG d’Elf qui publie son livre sur la prison.
Rappelons à ceux qui l’auraient oublié (dont je faisais partie jusqu’à ce midi, quand j’ai regardé « On a tout essayé »… Ben oui, chacun ses sources ;-), que le Loïk, de son prénom, avait été condamné pour de menus larcins; des histoires relatives notamment à son enrichissement personnel via les caisses noires du groupe pétrolier français suce-nommé. Sachant qu’il avait refilé 2,1 millions d’euros (piqués dans la caisse) à son ex-femme pour qu’elle la boucle, ça donne une vague idée sur le reste. Soit. Ce n’est pas cela qui m’agace.
De fait, après 20 mois en tôle comme « prisonnier ordinaire », Le Floch a publié un ouvrage pour dénoncer l’état des prisons françaises. Je ne préjuge pas sur le fond. Je ne l’ai pas lu et la cause est des plus nobles (NB: il m’a quand même fait rire quand il a dit qu’on pouvait même pas choisir le t-shirt qu’on voulait porter en prison et qu’il fallait mettre les plis dans le pantalon!). Non. Ce qui me trouble, c’est que ça devient un genre en soi : tout détenu ordinaire mais célèbre, issu du monde politique, de la finance ou des « affaires » se doit de « dénoncer l’inacceptable » du système pénitenciaire français.
On sort de taule, on signe chez un éditeur, on écrit (en général on prend un nègre), et puis passage obligé au JT de 20h, chez Ruquier, chez la mère Dumas ou le père Chapier pour expliquer ce qu’on a vu – « et vécu certes, mais cela n’a que peu d’importance au regard de ces codétenus qui eux étaient là pour longtemps » – et ce qui « doit absolument changer ». Un moyen facile et efficace pour se refaire une virginité pendant que les ex-petits copains de cellule apprennent eux, semble-t-il, à devenir de vraies crapules.
J’imagine que des boites de com’ grassement payées (avec l’argent de la caisse noire?) ont mis le scénario au point et le vendent clé en main à tous les types riches et célèbres qui sortent de prison. Quant à toutes ces associations qui se battent pour les droits des prisonniers, tous ces détenus sans visage, les voleurs de poule ou les vrais méchants, faut croire qu’ils ne savent pas aligner trois phrases sujet-verbe-complément, car on ne les voit pas en tête de gondole dans les librairies, ni dans « Vis ma vie de détenu ordinaire ».