Django, un nuage passe

Publié le par alf

Il est né à Liberchies, entité de Pont-à-Celles, en 1910. Il est né dans un champ, ce qui est assez bucolique mais peu pratique. Mais voilà, il était gitan, donc disons que c’était normal. Dès son plus jeune âge, Jean-Baptiste a manifesté un don particulier pour le banjo, pourtant c’est de la guitare qu‘il deviendra accro. Quelques années plus tard, Stéphane Grappelli - avec qui il créera le Hot Club - lui montre comment signer de son nom. Car « Jiango  Renard » - comme on l’avait écrit par erreur ou par je-m’enfoutisme sur un de ses premiers 45 tours - n’avait pas eu l’occasion d’apprendre à lire et à écrire.

A vingt ans, Django découvre le jazz. Il invente le jazz manouche et puis, un jour, sa roulotte prend feu. Il s’en sort miraculeusement, avec une jambe et une main brûlées. Deux ans d’hosto et de soins, une carrière que d’aucuns considéreront comme finie. Mais non, Django vient de naître. Il reprend sa gratte et invente son style : rapide comme déjà, mais en ne jouant que de ses deux doigts valides à la main gauche. Un génie. Un génie comme beaucoup de génies aussi semble-t-il, un peu imbuvable parfois, avec ses proches, ses femmes, ses musiciens.

Pendant l’occupation, son pote Grappelli choisit de rester en Grande-Bretagne. Lui revient en France et est plus que jamais apprécié, choyé, écouté, même des Allemands. Pendant ce temps-là, on gazait des gens du voyage, des gens comme lui, à quelques dizaines de kilomètres de Paris. Mais ça, Django ne pouvait pas le savoir. Et Grappelli ne lui en voudra pas, puisqu’ils enregistreront une Marseillaise pour fêter la libération.

Il est mort jeune, Django, à 43 ans. Et, de la Californie à Hawaii, de Hawaii à Tokyo, de Tokyo à Paris, de Paris à… Liberchies, on trouve des aficionados, des mordus, des tordus, des fans, des adeptes, des disciples du Django et j’en passe. A l’occasion des 50 ans de sa disparition en 2003, le réalisateur canadien Jamie Kastner lui a consacré un film: Djangomania. Il y retrouve quelques frappadingues amoureux du héros manouche.

Il y a néanmoins dans ce film comme un goût d’amertume. On y voit par exemple des fans japonais expliquer que si demain, on essayait d’inviter des gitans au Japon, ce serait tout bonnement… impossible. Quant à Liberchies, dans ma Wallonie natale, je ne suis pas sûr que l’on se souvienne vraiment de Django, de sa guitare et de ses disques. Même si c’est là qu’on l’a fêté en grandes pompes (surtout à bière) en 2003. Par contre, on se souvient des gitans: pendant le tournage, une pétition circulait pour les empêcher de revenir s’installer. Les gitans. A Liberchies. Dans le champ. Oui, le même champ là où en 1910...

Un nuage passe.

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Publié dans vu-à-la-télé'land

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S
Très bel article... et tellement édifiant sur l'actualité du monde... merci.
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A
Merci Sarah, au plaisir de te croiser à nouveau ici