Quoi sa gueule?

Le type a eu ses « 15 minutes » de gloire Warholiennes il y a quelques années, au sein d’un boyz’band : les « Two p’tites bit’ » ou un truc comme ça. Depuis, placard ou presque (mis à part un passage dans un placard de luxe: un rôle récurrent dans Navarrone ou Julie L’ex-Cow). Pour l’heure, il est en Amérique du Sud, dans un placard transparent, sorte de cabine de douche, avec lunettes de nageur, calbut’ moule-burnes et… un micro devant lui.
Dechavanne annonce la couleur : « Filip, je crois que vous avez deux hantises particulières: les serpents et les petites bestioles… ». Le gars blêmit déjà. Mais conserve le sourire. Puis, on envoie la musique et le Filip enchaîne: « Partir un jouuuur lalalaaaa… ». Assistance qui reprend en chœur, Loana et cie. Que du beau linge. Tout est sympa, on se marre.
Pendant qu’il chantouille, on lui déverse sur la tronche des centaines de cafards géants, blattes, gros vers gluants, crapauds jaunâtres… La musique a changé: c’est maintenant Johnny: « Quoi ma gueule ». Chanté au taquet comme dirait Manu K. Pour se donner du courage. Car la grosse artillerie arrive: serpents jaunes qui commencent à lui lécher les pieds, puis les mollets. Mollets qui commencent, eux, à trembler. Le type forcément écrase tant bien que mal tout ce qui rampe à ses pieds. Mais bon dans ces contrées-là, quand il n’y en a plus, il y en a encore. La prod’ n’a pas à s’inquiéter pour le stock…
Il y a maintenant ce gros truc vert qui débarque par le dessus. Un boa de 5 mètres, épais comme un jambon de parme… Le « Quoi ma gueule » devient de plus en plus étrange. Le garçon a l’écume au bord des lèvres. On dirait la rage. Mais c’est la peur. Côté animateurs, on ne bronche pas. Et on rappelle: « c’est pour les associations » (traduction: votre geste va rapporter beaucoup d’argent à des chtit’ n’enfants handicapés - ou à des assoc’ d’animaux ? - peut importe et tout le monde s‘en fout en fait).
La séquence est bouclée, pour le fric, c’est OK. Mais le garçon est là, toujours en train de chanter, ou plutôt de hurler. Tétanisé. Derrière ses lunettes de plongeur, on commence à deviner des grosses larmes. Faut dire: il a une énorme tête de boa collé à son oreille. C’est du direct. Le gars est au bord de la crise de nerf. Professionnels jusqu’au bout, les deux cons de service (Dechavanne + Foucault) annoncent la pub’, histoire de faire un peu le ménage.
Le calbut’ n’est sans doute plus tout-à-fait sec. Mais l’honneur est sauf. Le héros humilié a peut-être chié dans son froc devant des millions de téléspectateurs, mais il n’a pas crié la phrase du déshonneur, celle qui vous transforme en couille molle: « Sortez moi de là, je suis une célébrité ». Ouf.
C’était ce soir, sur TF1. Un soir de connerie ordinaire à la télé.