A la recherche de l'inspecteur Derrick
C’est un de ces jours où vous échappez au monde, au train-train, au métro-boulot-dodo, grâce à une mauvaise grippe qui vous a cloué à la maison. Pas assez pénible pour ne faire qu’y dormir, mais déjà trop forte pour envisager d’utiliser ses neurones intelligemment.
Alors, vous allumez la télé, espérant fébrilement que France 3 le diffuse toujours, juste après le repas, oui le fameux feuilleton qui vous fait l‘effet d‘une madeleine de Proust... Et - bonheur - vous les retrouvez, le célèbre inspecteur et son fidèle lieutenant, tous les deux près à vous faire franchir la zone qui sépare le léger assoupissement du sommeil profond…
Car il faut savoir savourer Derrick à sa juste valeur. Rien que la petite musique du générique est un vrai régal. Elle annonce la couleurs: une heure magique qui vous transportera vers un ailleurs rassurant. Le pays du kitsch derrickien qui vous fera échapper à la réalité le temps d’un épisode… et d’un petit somme réparateur.
Les histoires se passent évidemment en Allemagne, dans la forêt Noire ou ailleurs, et déjà c’est un dépaysement en soi. Les histoires? Un peu comme des romans de Simenon qui auraient été revisitées par le nain Simplet avec l’aide de Oui-Oui.
Que demandez de plus? Des couleurs quadri à faire pâlir la voûte de la Chapelle Sixtine restaurée… Des décors d’une autre époque, des boiseries et des bacs à fleurs partout, des baies arrondies pour les portes, des téléphones d’un autre âge, j‘en passe… Des héros habillés années 70, avec des coupes de cheveux improbables, des cols pelles à tarte monstrueux, des vestons moutarde, des femmes sexy ou alors sur le retour, des situations convenues, des personnages caricaturaux à souhait...
Mais encore? Une structure narrative - oserai-je? Allez, oui! - une structure narrative donc, qui reconstruit cette ligne du temps mise à mal par les feuilletonniers modernes. A mille lieues des montages hyper-nerveux, hachés, aux champ/contre-champs incessants, aux cents points de vue, au saucissonnage des séquences, les aventures de Derrick nous ramènent à la recherche du temps perdu: celui des histoires qui commencent par un début, qui continuent par un milieu et qui finissent par la fin. Le tout raconté avec force plans-séquences interminables et à un rythme qui rendrait jaloux le plus lent des koalas.
Le meilleur étant de se réveiller grâce au générique de fin et à sa petite musique qui vous fait dire, déjà nostalgique : « Chouette, j’ai encore raté les trois-quarts de l‘histoire… Vivement la prochaine rediffusion! ».