Quelles Mireilles, cette Mireille !

Publié le par alf

Par deux fois, ces derniers jours, le cabotage à vue que je pratique devant ma télévision - guidé par une triste boussole qu’on appelle zapette - m’a fait croiser le chemin de Mireille Dumas. J’ai un vague souvenir des débuts de Mireille Dumas à la télé, cette manière très prometteuse d’aborder les gens, d’entrer dans leur sphère privée sans pour autant tomber dans le voyeurisme. Assez vite je pense, j’ai déchanté. Le Dieu audience, l’arrivée de la télé-réalité, me semblent avoir rapidement nivelé par le bas ce que son (ses) émission(s) laissai(en)t augurer. Soit.

Mireille, elle recevait comme d’hab’ un plateau varié, avec des bons clients télé, des gens qui ont la tchatche, qui ne se démontent pas quand on les interrompt, qui aiment tenir le crachoir, qui n’hésitent pas à déballer devant des millions de gens leurs douleurs intimes (et même parfois leurs problèmes d’hémorroïdes - mais on reste dans les douleurs intimes là, non?). Ce soir-là, ça parlait fric & famille, pour le coup. Pas passionnant. Mais un truc gênant me fait tiquer: la présence parmi les autres intervenants d’Alain Soral, bel écorché vif d’un côté mais aussi la nouvelle plume d’un certain… JM Le Pen.

Ben oui. Mais faut croire que pour la majorité des gens il ne « porte pas (encore) trop à droite ». C’est un peu comme si la reine des popotes, Maïté, après avoir découvert l’antisémitisme d’un Céline, l’invitait quelques semaines plus tard dans son émission « Plats du terroir » pour causer chablis ou patés de campagne. Je sais, comparer Soral à Céline, fallait oser. Mais c’était juste pour la démonstration. Pour le reste, je n’ai pas lu les bouquins de Soral (et très peu Céline d’accord… je le concède). Vérification faite: c’était une rediffusion d’une émission de septembre 2006 semble-t-il, donc bien avant qu‘il vire sa cuti officiellement. Soit.

Ce malaise s’est poursuivi ensuite, because madame Dumas s’est fait inviter avec ses caméras à St Tropez chez Brigitte Bardot. Et c’est là que l’intervieweuse commence à m’énerver : cette manière de regarder cette dame d’un âge respectable dans les yeux, de vouloir lui tirer les émotions du nez, les confidences du cœur et de la mémoire… et d’évoquer les histoires qui fâchent aussi, MAIS! … tout en évitant de poser les questions qui feraient que BB pourrait lâcher ses chiens, façon « attaque Gunter!!! », ce genre de truc.

Je veux évidemment parler des propos qu’on pourrait qualifier - au minimum - de « provocants » sur les musulmans et leurs "pratiques barbares" avec les moutons et tout le passif de ses déclarations précédentes sur plein de sujets (elle a sorti il y a quelques années un livre de souvenirs où elle dénonçait notamment « l’islamisation de la France »); propos abordés par Mireille Dumas mais avec tellement de miel autour qu’on se dit au bout du compte : «  pourquoi on la fait ch… cette brave BB hein, elle est soupe-au-lait mais elle est sympa, non? ». Ou quand la télé participe d’un certain « estompement de la norme » comme on dit en Belgique. Soit.

Puis l’autre soir, je retombe sur la mère Dumas face à un homme. Juste en tête-à-tête. Le grand dégingandé s’agite, transpire de malaise, frotte systématiquement la paume de sa main droite sur la mini-table rouge écarlate qui lui sert de pupitre, comme un enfant. Un enfant à qui on vient de dire en face et avec le sourire - un sourire quasi maternel, celui de Mireille Dumas - « qu’on a bien compris son petit jeu »… et « que ce n’est pas grave ». Il sue, il fixe de ses grands yeux bleu celle qui le pousse au bout de sa propre logique, qui l’oblige à tomber le masque. Ce masque si pratique : l’homme manie le verbe tel un jongleur, il peut tenir en haleine des salles entières et à la télé c’est plus qu’un « bon client ».

Mais là, pour le coup, il a trouvé plus fort que lui: une Mireille Dumas, reine de la maïeutique people, qui arrive à lui faire cracher le morceau. Ou partie du morceau. Cette douleur interne qui le brûle et qui permet de comprendre son parcours, ce refuge dans le verbe, ces manières d’entourlouper la vraie vie et les sentiments, pour y échapper.

Et là, je me dis: quelle Mireille quand même, cette Mireille. Presque prêt à lui pardonner Bardot pour ce moment de télé assez unique: avoir vu ce jour-là, sous un jour nouveau, le visage de Fabrice Luchini.

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Publié dans vu-à-la-télé'land

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J
J'ai raté l'entrevue avec fabrice luchini , je ne trouve pas la video sur le net. Si quelqu'un peu m'aider dans ma recherche.Je vous remercie.
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A
désolé Jean-Philippe, RAS de ce côté... Peut-être une rediffusion sut TV5 bientôt?
S
Pas vu non plus. Je crois de toutes façons que je zappe invariablement dès que je vois apparaître le visage de Mireille Dumas. Quant à Soral, je pense qu'il restera - comme il l'était déjà - un bon client pour l'audimat... Et je ne m'étonnerais pas de le voir encore invité dans les talk shows... Peut-être plus encore, même, depuis qu'il a frayé avec l'immonde... Ça fait un nouveau prétexte pour l'inviter, ce con...
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A
pauvre Agnès...
M
Bonjour Alf,je n'ai pas vu cette émission mais j'ai lu il n'y à pas longtemps dans Agoravox quelqu'un qui disait de Soral:"il voulait être Céline,il mourra comme brasillach".J'ai trouvé ça assez drôle même si je pense que ce serait déjà trop de gloire.<br /> je t'envois sur un article qu'une connaissance virtuelle(mais néamoins amie)à écrit justement pour ce site: http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=22366
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A
Hello Maquettes, merci pour ce lien vers Agoravox (site que je ne connais pas suffisemment) et qui propose une analyse fort intéressante. Ce qui y est dit sur "le choix des mots" trouve d'ailleurs une certaine résonnance avec le post ci-dessus. bon we